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Novembre 2011
Olivier se réveilla, comme tous les matins depuis environ un mois, à 6 heures 53, ce qui lui laissait exactement sept minutes pour profiter d'un moment avec
Julia. Après, son réveil lui indiquerait qu'il fallait qu'il se dépêche de se préparer afin d'emmener
Léo à l'école.
Il roula vers elle pour se coller doucement contre son dos et enfouit son visage dans son cou. Elle s'éveilla elle aussi en sentant son menton se frotter sur sa nuque, mais aucun des deux n'ouvrit les yeux. Plus que quelques minutes avant la sonnerie. Il glissa doucement un genou entre les jambes de la jeune femme et la serra un peu plus fort contre lui. Elle émit un faible gémissement puis se serra aussi contre lui. Son dos touchait son torse et tous deux pouvaient sentir leurs c½urs battre à l'unisson. Lorsqu'elle toussota pour s'éclaircir un peu la gorge, il desserra son étreinte, de peur de l'étouffer mais elle lui souffla qu'elle était bien comme ça. Rassuré, il se lova un peu plus contre elle en reglissant sa tête contre son cou. Tous les deux avaient besoin de ce moment privilégié mais court. La fatigue et l'inquiétude leur laissaient peu de répit mais ils trouvaient toujours le temps pour ce moment rien qu'à eux.
Mais bientôt le réveil Oregon se mit à sonner d'une façon stridente et tyrannique et
Olivier le chercha à tâtons pour le faire taire. Il ouvrit ensuite les yeux et passa sa main sur l'épaule de sa bien aimée. Elle aussi ouvrit les yeux en parlant d'une voix endormie.
« On doit se lever.
- Mmmh quel est ton programme aujourd'hui ?
- J'ai plusieurs consultations à l'hôpital, dont une de mes patientes que j'ai du mal à cerner... dit-elle pensivement.
- Et ton emploi du temps de ministre te laisse du temps pour déjeuner avec moi ?
- Je crois que oui.
- Alors je passerai te prendre. »
Elle lui colla un petit baiser sur le nez avant de se diriger vers leur salle de bain bleue.
Olivier, lui, resta encore quelques instants au lit puis se décida à se lever pour aller réveiller son neveu qui dormait dans une chambre à côté. Cela faisait à peu près un mois qu'il avait pris l'habitude d'aller le réveiller puis de lui préparer du chocolat chaud en attendant qu'il vienne le rejoindre dans leur cuisine. Ce matin là, le petit garçon s'éveilla sans mal, il semblait avoir bien dormi, puis s'approcha de son oncle qui le souleva dans ses bras en lui disant :
« Bonjour bonhomme ! Tu as bien dormi ?
- Oui. Oh ! Tu m'as préparé mon chocolat ! s'exclama le petit garçon avec un sourire qui réchauffa le c½ur d'
Olivier.
- Allez, viens t'asseoir. »
En le déposant à l'école il lui raconta des histoires, comme un père l'aurait fait avec son fils. Il ne tentait pas de remplacer
Christopher dans le c½ur de
Léo, bien au contraire, il tentait de lui faire oublier qu'il était momentanément séparé de ses deux parents, bien qu'il voyait souvent
Christopher. Tous les deux s'entendaient à merveille.
Olivier profitait des instants qu'il avait avec son neveu. Il lui rappelait horriblement
Marine, toujours plongée dans le coma depuis un mois et demi. Il passait la voir aussi souvent qu'il pouvait, mais la vision de sa s½ur, immobile dans cette grande chambre glacée lui glaçait le sang et le c½ur à chaque fois qu'il la voyait. Lorsqu'il la quittait en larmes, c'était pour aller épancher son chagrin sur l'épaule de
Julia, dans un bureau quelques étages plus haut.
Il pensait souvent à
Christopher qui ne montrait pas son mal être grandissant chaque jour. « Mais au moins il a
Léo... » pensa
Olivier ; une partie de
Christopher, et une partie de
Marine... La pensée d'avoir un enfant l'effleura un instant. Un petit être qui ferait partie de lui, et de
Julia. Mais le fantôme de
Marianne planait toujours sur lui comme une mauvaise ombre. Il secoua la tête en pensant à elle, qui s'était donné la mort sous ses yeux en portant leur enfant. Certes, il n'avait pas été l'amant idéal, mais il se serait fait à l'idée...
Après s'être creusé la tête, il se décida à passer chez
Christopher. A cette heure-ci il devait être au travail, mais
Olivier monta quand même chez lui pour vérifier si tout allait bien. Il frappa deux coups secs sur la grande porte de l'appartement et il entendit
Christopher s'activer près de la porte d'un pas lourd. Il ouvrit la porte brusquement en murmurant un « Bonjour ».
« Entre.
- Est-ce que tu vas bien ? s'inquiéta
Olivier.
- Ou-i... ! Que me vaut le plaisir de ta visite en cette heure si matinale ? demanda
Christopher étonnamment jovial.
- En fait, je ne pensais pas te trouver ici parce que...
- Ça alors ! Tu viens en pensant que je ne serais pas là !
- C'est que... je voulais être sûr. Mais... Tu ne devrais pas être au boulot ?
- Et bien, j'ai du prendre quelques vacances... forcées ! Tu veux un café au fait ? s'exclama
Christopher.»
Olivier comprit tout de suite que quelque chose clochait au ton de sa voix, lui d'ordinaire si grave. Il alla dans sa cuisine préparer du café et revint quelques instants plus tard avec deux tasses fumantes qu'il posa sur la table, et s'avachit dans son canapé.
Olivier s'assit à côté de lui sur le grand divan usé du salon en essayant de chercher son regard.
« Tu t'es fait viré ?
- Non. Mon patron m'a fait comprendre qu'il fallait que je prenne des 'vacances' pour me reposer sinon je risquais de perdre mon poste.
- C'est injuste...
- Il a eu raison... Ces derniers temps je ne fais attention à rien ! J'ai failli oublier d'éteindre le gaz avant-hier. Ca aurait pu coûter la vie à tout l'immeuble. Heureusement que
Léo est avec vous, dit-il d'un ton désormais éteint. »
Il était pris entre l'envie de lui parler de son problème et l'envie de se taire et de continuer à faire semblant. Il avait chaud, tellement chaud, il se passa les mains sur le visage puis joua avec son alliance.
« J'aurais jamais dû mettre du scotch dans mon café ce matin... souffla-t-il pour se soulager d'un poids, alors qu'
Olivier se contenta de hocher la tête. Tu t'en étais rendu compte pas vrai ?
- A vrai dire, oui.
- Et c'est pour ça que vous m'avez pris
Léo ? demanda-t-il les yeux brillants.
- On ne te l'a pas pris. Tu le vois aussi souvent que tu veux en plus...
- J'ai un problème hein ? Mais qu'est ce qui m'arrive ?! demanda
Christopher en gémissant.
- T'as besoin d'aide. Tu aurais dû nous en parler...
- En plus d'avoir une comateuse dans la famille, on aurait eu un alcoolo ! Bonjour l'image !
- Ne parle pas comme ça ! ordonna
Olivier sur un ton péremptoire. Tu n'es pas dans ton état normal. Tu devrais t'allonger, dormir...
- Et me faire soigner ? continua
Christopher.
- Et te faire soigner... »
Christopher s'allongea alors dans les coussins du divan et se mit à sangloter comme un enfant.
« Mais on va passer la fin de nos jours à l'hôpital !! »
*
Après avoir quitté un
Christopher en nage, allongé entre les coussins de son canapé usé,
Olivier était passé chercher
Julia et ils étaient maintenant en train de manger dans une petite brasserie de la capitale.
Olivier lui paraissait soucieux, mais
Julia ne disait rien, attendant qu'il en parle lui-même. Il n'osait pas avouer que
Christopher lui avait montré toutes ses faiblesses, qu'il lui avait donné une preuve d'amitié en acceptant de lui livrer ses angoisses. Il se contenta de rester évasif malgré le regard insistant de sa compagne.
« J'ai vu
Christopher aujourd'hui.
- Il va mieux ?
- Il m'a parut assez fatigué.
- On l'est tous malheureusement. J'espère qu'il se repose.
- Oui, ne t'inquiète pas, il a pris des vacances.
- Ça me rassure. J'avais peur qu'il fasse une vraie bêtise. »
Leur micro conversation fut interrompue par le téléphone portable de
Julia. Elle vit que c'était l'hôpital qui tentait de la joindre et elle décrocha en s'excusant.
« Allo ?
-
Julia ? C'est
Suarez ! J'aimerais que vous passiez me voir le plus vite possible.
- Entendu. Je passerai à la fin de ma pause déjeuner. Mes consultations ne recommencent pas avant deux heures...
- C'est urgent
Julia...
- Alors dans ce cas je ferais de mon mieux. A tout à l'heure, dit-elle en raccrochant, puis s'adressant à
Olivier. C'était
Suarez. Il veut me voir le plus vite possible.
- Tu crois que c'est grave ? s'enquit-il.
- Je n'en sais rien... Il a précisé que c'était urgent, mais il n'a rien laissé entendre sur la gravité sur sujet, dit-elle soucieuse.
- Tu veux que je te raccompagne à l'hôpital maintenant ? »
Julia resta silencieuse durant le trajet, anxieuse. Elle redoutait ce qu'allait lui dire
Suarez. Elle redoutait d'entendre ce qu'elle appréhendait depuis un mois déjà. Elle redoutait le moment où il allait devoir lui dire qu'il se voyait contraint de débrancher Marine. Elle ne voulait plus batailler comme ça, elle voulait que
Suarez la laisse en prolongement de vie artificiel.
Elle descendit de la voiture en remerciant
Olivier puis elle entra dans l'hôpital, monta les marches, parcourant les étages qui la séparaient du bureau de
Suarez redoutant toute nouvelle confrontation avec lui. Elle avait déjà réussi à le persuader de la laisser branchée un mois de plus... Déjà un mois et demi qu'elle était tombée dans le coma sans signe d'un éventuel réveil. Elle n'en avait pas parlé, ni à
Olivier, ni à
Christopher, pour éviter tout espoir ou fausse joie. Elle frappa à la porte du bureau et entendit qu'on lui demandait d'entrer.
Suarez l'attendait, debout, face à sa fenêtre en lui tournant le dos. Il tenait un dossier dans les mains, qu'il jeta sur son bureau mal rangé.
« Fermez la porte s'il vous plait.
- Bien sur. Que se passe-t-il pour que vous m'ayez appelé à l'heure du déjeuner ?
- Jetez un coup d'½il à ce dossier. »
Julia s'exécuta sous l'½il attentif et morne de
Suarez qui connaissait déjà la nature de la tornade qui allait bientôt s'abattre sur eux. Elle parcourut les chiffres, les noms, les codes de ce dossier portant le nom de «
Marine Taylor née Alvès ». Elle leva un sourcil en ne comprenant pas tout de suite.
« Vous pourriez éventuellement m'expliquer ces... « HCG positif » et les dosages radio immunologiques de Bêta, parce que je ne suis pas médecin ! J'suis psy !
- Et bien on lui fait des examens médicaux tous les jours pour vérifier si ses fonctions vitales ne sont pas touchées. On a analysé son sang... et le dosage radio immunologique de la fraction Bêta de l'HCG est positif !
- C'est vrai. Vu comme ça, c'est beaucoup plus clair ! Expliquez moi. Vous ne m'avez pas fait venir pour m'assommez de termes de laboratoires je suppose ...
- Si ce test est positif, cela veut dire qu'on a détecté de l'HCG dans son plasma...
- En d'autres termes ? demanda
Julia, au bord des nerfs mais commençant à comprendre.
- En d'autres termes elle est enceinte ! »
Musique:
T'aime de Patrick Fiori
J'ai été longue à la détente.
Désolée.
J'espère que cette scène vous va... !