[ 10 ] J e . r e s t e !

[ 10 ] J e . r e s t e !
.
Tino entra dans la pièce avec un air bizarrement dépité. Apparemment il avait pleuré, pensa Julia en voyant les yeux rougis de son cousin. Il s'assit nonchalamment en face d'elle et la considéra d'un ½il triste. Il piqua un des stylos qui trônaient fièrement dans le pot à crayon posé sur le bureau et tapa doucement sur la table en plexi en baissant la tête. Elle attendait tout simplement qu'il se mette à parler. Elle respectait son silence et savait que de toute manière il allait se livrer à elle. Seulement le bruit qu'il faisait en tapant avec son stylo lui cassait les oreilles et elle commençait à perdre patience.

« Je crois
que je vais rentré à Mexico...
- Tu plaisan
tes j'espère ! Tu ne vas pas nous refaire le coup de la fuite à l'Anglaise !
- Arrête...
J'me sens pas bien ici. Personne ne se parle. Personne ne se regarde... C'est un peu insupportable comme situation.
- Mexico do
it bien être aussi grand que Paris tu sais...
-
Je sais. Et je sais aussi que depuis que j'ai refoutu les pieds dans cette ville j'fais que du malheur !
- Ne
me dis pas que tu t'attribues tout le mérite de l'accident de Marine ...
- C'e
st gentil de ta part de tenter de me assurer en essayant de faire de l'humour mais vraiment je ne...
- Arrête un peu t
u veux ? Elle a été percutée par un camion. Elle ne regardait pas la route !
- Elle avait
l'air tellement... vivante dans son coma.
-
Tu es allé la voir ? je t'avais pourtant dit que...
- Q
u'il valait mieux éviter. Je sais ! Mais tu pourras pas m'enlever l'idée que j'y suis pour quelque chose.
- Tu l'as vu
e une seule fois depuis ton retour. Comment veux-tu que tu aies une part de responsabilité dans son accident ?
-
Julia il faut que... On s'est revus... pour ... pour se dire au revoir... lâcha-t-il sous le regard interloqué de sa cousine. »

Au
fond elle savait que leurs pseudo retrouvailles ne trouvaient pas de sens, et finalement elles s'étaient muées en de cruels adieux. Maintenant il fallait qu'elle trouve quelque chose pour le réconforter, ou du moins pour lui montrer qu'elle était là. Elle souffrait autant que lui de manière différente. Elle, sentait qu'elle était en train de perdre sa meilleure amie de toujours et lui, voyait partir son première amour pour la deuxième fois.
Julia se leva de son fauteuil et parcouru la pièce en la considérant d'un ½il morne. Elle s'approcha de Tino par derrière et encercla ses épaules de ses bras en s'accroupissant pour être à la même hauteur que lui, toujours assis dans le siège face au bureau. Instinctivement, comme un enfant cherche le contact de sa mère, il glissa sa tête contre la nuque de Julia.


« R
este...
- Je cro
is que ...
- Pour moi.
S'il te plait. »


Il
se redressa et plaça une des mains de la jeune femme contre son c½ur. Elle continuait de le fixer avec ce regard implorant plein de larmes. En la voyant ainsi il ne pût s'empêcher de songer à l'adolescente triste et mélancolique qu'elle était. Ce même regard qui lui avait fait amèrement regretter son départ dix années plus tôt. La serrant alors contre son c½ur il lui murmura seulement quelques mots à l'oreille. Il n'en fallait pas plus et ils voulaient tout dire.

« Je reste. »

# Posté le samedi 07 avril 2007 10:55

Modifié le samedi 12 janvier 2008 08:37

[ 11 ] I l . n o u s . f a u t . l ' a c c o r d . d e . l a . f a m i l l e .

[ 11 ] I l . n o u s  . f a u t . l ' a c c o r d . d e . l a . f a m i l l e .
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Après le départ de son cousin, Julia se remit à travailler un peu. Elle avait encore deux patients à voir mais elle ne faisait son travail qu'avec très peu d'attention. En ce moment elle n'était hélas pas l'oreille attentive qu'elle était d'ordinaire. L'état de Marine ne s'arrangeait pas et elle était toujours maintenue en vie artificiellement.
Une fois que ses consultations furent terminées, elle s'apprêta à rentrer chez elle mais lorsqu'elle passa devant la chambre où séjournait son amie elle fut prise d'un sentiment de culpabilité. Elle ouvrit la porte sans faire de bruits et se glissa dans la chambre en vérifiant si une infirmière n'était pas dans les parages. Les visites étaient très limitées pour quelqu'un dans un tel état. Doucement elle posa son sac au pied du lit et s'assit maladroitement sur le fauteuil près d'elle. Elle n'osait pas la regarder ni même lui parler de peur de paraître ridicule. Elle préférait regarder ses doigts et les tordre dans tous les sens, comme toutes les fois qu'elle se sentait mal. Mais bientôt elle se posta devant la fenêtre de la chambre, qui donnait sur le parking. Les feuilles jaunies des arbres qui tombaient doucement sur le goudron usé de l'hôpital formaient des tapis feuillus qui le recouvraient parfaitement par endroits. Que pourrait-elle bien lui dire ? Julia se sentit vraiment ridicule d'être là et de ne pas lui parler... au moins quelques mots. Elle retourna près du lit et s'accroupi en prenant la main de son amie toujours couchée dans ce lit d'hôpital. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux mais elle ne les empêcha pas de tomber. En soupirant, elle entreprit de lui parler un peu, comme pour s'excuser.


« Salut ... ça s'rait con d'te demander comment ça va parce que j'crois avoir la réponse. Je... Enfin ça fait déjà deux semaines que t'es là et j'suis pas venue te voir une seule fois. J'espère que tu m'en veux pas trop, il fallait que je trouve le temps de me faire à l'idée que tu bougeais pas et que tu ne pouvais probablement pas m'entendre. C'est dûr... »


Julia marqua un temps d'arrêt afin de se remettre de ses émotions. Le fait de lui parler de cette façon la soulageait et elle espérait secrètement qu'elle pouvait l'entendre. Mais son esprit cartésien refusait de l'admettre. Elle essuya ses yeux du revers de la main et continua sa conversation avec Marine.


« Tu veux des nouvelles du front ? ... Très bien. Alors Léo va bien, il est très sage à l'école... C'est moi qui dois aller le chercher aujourd'hui d'ailleurs parce que Christopher travaille un peu tard ces derniers jours. Cela dit... Tu leur manques beaucoup. Il faudrait t'arranger pour te réveiller très vite parce qu'en vérité tu nous manques à tous... Léo me l'a dit hier encore. Le pauvre, je ne sais pas si il a compris ce qu'il t'arrive... Olivier fait semblant d'aller bien. Il me le répète tout le temps mais je sais très bien qu'il se cache derrière un masque d'indifférence. L'autre soir je l'ai surpris tout seul près d'un vieil album de photos...
- Vous pensez qu'elle vous entend ? demanda une voix derrière elle. »


Julia se retourna en reconnaissant cette voix qu'elle avait jadis maudite. Ce médecin, chef du service qui s'immisçait partout, Benjamin Suarez. Leurs relations s'étaient nettement améliorées depuis quelques mois. Elle le regarda longuement en ne sachant pas si il était sarcastique ou non.


« Je n'en sais rien... J'voudrais y croire, dit-elle penaude d'avoir été surprise en train de lui parler.
- J'aimerai aussi y croire. Et qu'elle se réveille bientôt...
- Deux semaines c'est trop long ? Vous pensez qu'il n'y a plus d'espoir ?
- Je crois simplement qu'il faut se préparer à l'idée, dit-il le plus calmement possible.
- Qu'il faut se préparer à l'idée ? Mais... Mais vous parlez d'elle comme si elle était déjà morte !
- Je suis simplement objectif. Vous savez, cette situation ne me plait pas non plus...
- Et deux semaines de vie artificielle c'est trop ? demanda-t-elle.
- Plus les jours avancent, plus il est difficile d'avoir des certitudes concernant sa santé. Et...
- Et elle a toujours refusée d'être un légume... C'est elle qui l'a dit. Pas moi. Elle l'a toujours dit vous savez c'est...
- Elle a signé un papier en arrivant ici. Elle a dit qu'elle refusait toute forme de maintient artificiel.
- Alors vous allez la débrancher ? demanda Julia apeurée.
- Je crois qu'on devrait attendre encore quelques jours et nous verrons. De toute façon il nous faut l'accord de la famille.
- Mais JE fais partie de la famille et je refuse qu'elle soit...
- Vous n'en faîtes pas partie officiellement Julia...
- Ah... je vois ! Il faudrait que je me marie pour que mon point de vue soit respecté ? Vous voyez... C'est ma meilleure amie, presque ma s½ur. On a toujours fait partie de la même famille elle et moi... J'ai pas envie de la perdre, et je ne vous laisserai pas en décider à notre place, éructa-t-elle en ramassant ses affaires.
- Vous savez bien que ce choix ne m'enchante pas beaucoup moi non plus... »

Mais elle ne l'écoutait déjà plus, furieuse qu'il ose parler d'une de ses collègues de cette façon. Lorsqu'elle sorti de la pièce, Benjamin lui cria qu'ils attendraient encore deux semaines de plus.



Elle passa chercher Léo à l'école devant toutes ses mamans qui leur lançaient des regards pleins de compassion et de pitié. Mais Julia se faisait un devoir de le protéger de ses regards à double sens et lui tendit son goûter dans un sachet fraîchement sorti de la boulangerie la plus proche. Heureux de la voir il lui sauta dans les bras mais bientôt son sourire enfantin se transforma en une moue triste et tremblante. En voyant un tel revirement de situation Julia s'empressa de le câliner pour en pas que toutes les femmes voient les larmes du petit garçon.


« Qu'est ce qu'il t'est arrivé ? demanda sa tante calmement.
- Ils ont dit que j'étais le fils d'une morte, répondit Léo entre deux sanglots.
- Oh, qui t'as raconté ça ? fit Julia intriguée.
- De toute façon c'est plus mes copains... »


Visiblement Léo ne voulait en aucun cas divulguer l'identité de ses « copains » qui lu arraché des larmes. Julia n'insista pas mais tenta quand même de le rassurer un peu, bien qu'elle n'en soit pas elle-même convaincue.


« De toute façon... C'est des bêtises tout ça. Maman n'est pas morte ! Disons... qu'elle se repose, le temps de se remettre de son accident.
- Alors quand est-ce qu'elle va se réveiller ? demanda le petit garçon les yeux plein d'espoir.
- Je n'en ai aucune idée trésor...
- Bientôt ?
- Je l'espère. Allez, on rentre à la maison. »


Elle le pris une nouvelle fois dans ses bras et s'empressa de le conduire jusqu'à sa voiture. Les enfants à cet âge sont si cruels...


Christopher avait invité Julia et Olivier à rester manger avec lui après que Julia lui ait amené Léo. Ils se sentaient tous les deux très fatigués mais aucun n'osa refuser la proposition de Christopher. Mine de rien, même s'ils refusaient tous de l'admettre, ils avaient besoin les uns des autres.
Finalement ils dînèrent tous les quatre, ensemble. Ils essayent de parler de tout et de rien pour alléger l'atmosphère, pour ne pas effleurer le sujet qu'ils ne voulaient surtout pas aborder. Julia ne voulait pas non plus leur dire que l'équipe de Suarez avait l'intention de débrancher Marine bientôt.

« Vous voulez de l'eau ? demanda Christopher en les servant chacun généreusement avec un léger tremblement. Alors... heu...
- Olivier... Moi c'est Olivier, dit-il en s'efforçant de rire face à Christopher qui avait visiblement du mal à se souvenir du prénom de son beau-frère.
- Oui Olivier ! dit-il en souriant... Tu finis le finis quand ce tournage ? Pour qu'on puisse s'inviter à la fête de fin ...
- Tu veux venir pour profiter du buffet c'est ça ? demanda Olivier en riant cette fois, de bon c½ur. »


Une conversation sans grande importance s'en suivie. Cependant Olivier semblait assez soucieux, bien plus que d'ordinaire. Il semblait observer Christopher, scruter le moindre de ses mouvements. Lorsqu'il alla coucher son fils, Julia et Olivier restèrent seuls dans le salon et Olivier paraissait vouloir lui dire quelque chose mais ça lui restait dans la gorge.


« Bon allez... Dis moi ce que tu meurs d'envie de me dire depuis tout à l'heure !
- Il boit...
- Quoi ? Tu veux dire alcoolique ?
- Oui.
- Mais enfin c'est impossible, dit Julia qui refusait de voir l'évidence. Qu'est ce qui te fait dire ça ?
- D'abord il sue beaucoup...
- T'exagères. Ça n'veut rien dire. Il fait chaud dans leur appart'...
- Oui mais il tremblote et il a du mal à se souvenirs de trucs...
- Si tu parles de tout à l'heure... Enfin on est tous fatigués c'est normal d'avoir de petits oublis et d'être sur les nerfs.
- J'te dit qu'il est alcoolique. On devrait faire quelque chose.
- Oui ! En être sûr avant de le juger.
- Je ne le juge pas ! Tiens... Va voir dans le petit placard là-bas...
- Quoi ?
- C'est là qu'il range ses bouteilles.
- Et c'est lui l'ivrogne ?
- Oh, mais j'le sais car c'est toujours de là qu'il sort ses bouteilles quand il me propose quelque chose à boire !
- Très bien j'accepte de te croire si je trouve la preuve dans ce placard. »

Julia se leva et se dirigea vers la commode en bois clair et se pencha pour ouvrir le petit placard. Elle fouilla un peu et sorti une bouteille de vodka vide à plus de la moitié. Une grimace se forma sur son visage tandis qu'Olivier lui adressait un signe de victoire.


« Ce n'est pas une preuve... C'est un grand garçon, il sait ce qu'il fait !
- Il y en a d'autres... regarde !
- Oh... et bien oui mais tout le monde boit plus ou moins. Ce sont peut être de vieilles bouteilles, dit-elle en cherchant d'autres preuves.
- Si même toi tu refuses de voir ça... imagine dans quel cas il se trouve !
- J'admets que ... Oui, bon tu as raison. Mais ça m'inquiète, pour lui... Et pour Léo. Dit-elle en fermant le placard et en s'avançant avec la bouteille vide à la main près d'Olivier. Tu crois qu'on devrait lui en parler ?
- Et toi, tu crois qu'on devrait prendre Léo en charge un moment pour éviter quelques dérapages ?
- C'est toi qui lui en parles !
- A propos de Léo ou de la boisson ?
- De Léo ! On parlera de son problème une prochaine fois...
- Ca y est ! Il a réussi à s'endormir. Il voulait que je reste près de lui... Oh qu'est ce que vous fabriquez tous les deux ? demanda Christopher en faisant irruption dans la pièce.
- Rien du tout ! On parlait seulement... argumenta Julia en s'empressant de cacher la bouteille derrière le canapé.
- Christopher ? Assieds toi s'il te plait. On voudrait te parler de quelque chose... demanda Olivier.
- J'me disais bien que vous aviez l'air suspicieux ! De quoi s'agit-il ?
- Ne le prends pas mal surtout mais on se demandait si tu t'en sortais avec Léo en ce moment... C'est dur pour nous tous mais avec un petit garçon c'est... Enfin on se demandait si tu ne voulais pas qu'on le garde avec nous quelques temps...
- C'est mon fils. Je me débrouille bien tout seul. Je ne vois pas pourquoi vous arriveriez à mieux vous occupez de lui...
- Disons qu'on est deux... Ca compte. Et puis ça te laisserait le temps de te reposer un peu, déclara Julia.
- Alors vous pensez que j'en suis pas capable tout seul ? demanda Christopher les yeux rivés dans le vague.
- Mais non. Non pas du tout, le rassura Julia en venant s'asseoir à côté de lui. Tu mérites bien de prendre quelques jours pour toi. On s'occupera de Léo. C'est un ange, et tu le sais bien.
- Alors d'accord. D'accord. »

Julia le serra contre elle en regardant Olivier qui affichait un sourire triste. Il pensait à Marine...
Lorsqu'ils s'en allèrent, laissant Christopher seul avec ses pensées, il trouva la bouteille vide derrière le canapé et il comprit en jetant les larmes et la fatigue accumulées depuis deux semaines...

# Posté le samedi 07 avril 2007 10:59

Modifié le samedi 12 janvier 2008 08:37

[ 12 ] O n . v a . p a s s e r . l a . f i n . d e . n o s . j o u r s . à . l ' h ô p i t a l !

[ 12 ] O n . v a . p a s s e r . l a . f i n . d e . n o s . j o u r s . à . l ' h ô p i t a l !
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Novembre 2011


Olivier se réveilla, comme tous les matins depuis environ un mois, à 6 heures 53, ce qui lui laissait exactement sept minutes pour profiter d'un moment avec Julia. Après, son réveil lui indiquerait qu'il fallait qu'il se dépêche de se préparer afin d'emmener Léo à l'école.
Il roula vers elle pour se coller doucement contre son dos et enfouit son visage dans son cou. Elle s'éveilla elle aussi en sentant son menton se frotter sur sa nuque, mais aucun des deux n'ouvrit les yeux. Plus que quelques minutes avant la sonnerie. Il glissa doucement un genou entre les jambes de la jeune femme et la serra un peu plus fort contre lui. Elle émit un faible gémissement puis se serra aussi contre lui. Son dos touchait son torse et tous deux pouvaient sentir leurs c½urs battre à l'unisson. Lorsqu'elle toussota pour s'éclaircir un peu la gorge, il desserra son étreinte, de peur de l'étouffer mais elle lui souffla qu'elle était bien comme ça. Rassuré, il se lova un peu plus contre elle en reglissant sa tête contre son cou. Tous les deux avaient besoin de ce moment privilégié mais court. La fatigue et l'inquiétude leur laissaient peu de répit mais ils trouvaient toujours le temps pour ce moment rien qu'à eux.
Mais bientôt le réveil Oregon se mit à sonner d'une façon stridente et tyrannique et Olivier le chercha à tâtons pour le faire taire. Il ouvrit ensuite les yeux et passa sa main sur l'épaule de sa bien aimée. Elle aussi ouvrit les yeux en parlant d'une voix endormie.

« On doit se lever.
- Mmmh quel est ton programme aujourd'hui ?
- J'ai plusieurs consultations à l'hôpital, dont une de mes patientes que j'ai du mal à cerner... dit-elle pensivement.
- Et ton emploi du temps de ministre te laisse du temps pour déjeuner avec moi ?
- Je crois que oui.
- Alors je passerai te prendre. »

Elle lui colla un petit baiser sur le nez avant de se diriger vers leur salle de bain bleue. Olivier, lui, resta encore quelques instants au lit puis se décida à se lever pour aller réveiller son neveu qui dormait dans une chambre à côté. Cela faisait à peu près un mois qu'il avait pris l'habitude d'aller le réveiller puis de lui préparer du chocolat chaud en attendant qu'il vienne le rejoindre dans leur cuisine. Ce matin là, le petit garçon s'éveilla sans mal, il semblait avoir bien dormi, puis s'approcha de son oncle qui le souleva dans ses bras en lui disant :


« Bonjour bonhomme ! Tu as bien dormi ?
- Oui. Oh ! Tu m'as préparé mon chocolat ! s'exclama le petit garçon avec un sourire qui réchauffa le c½ur d'Olivier.
- Allez, viens t'asseoir. »


En le déposant à l'école il lui raconta des histoires, comme un père l'aurait fait avec son fils. Il ne tentait pas de remplacer Christopher dans le c½ur de Léo, bien au contraire, il tentait de lui faire oublier qu'il était momentanément séparé de ses deux parents, bien qu'il voyait souvent Christopher. Tous les deux s'entendaient à merveille. Olivier profitait des instants qu'il avait avec son neveu. Il lui rappelait horriblement Marine, toujours plongée dans le coma depuis un mois et demi. Il passait la voir aussi souvent qu'il pouvait, mais la vision de sa s½ur, immobile dans cette grande chambre glacée lui glaçait le sang et le c½ur à chaque fois qu'il la voyait. Lorsqu'il la quittait en larmes, c'était pour aller épancher son chagrin sur l'épaule de Julia, dans un bureau quelques étages plus haut.

Il pensait souvent à Christopher qui ne montrait pas son mal être grandissant chaque jour. « Mais au moins il a Léo... » pensa Olivier ; une partie de Christopher, et une partie de Marine... La pensée d'avoir un enfant l'effleura un instant. Un petit être qui ferait partie de lui, et de Julia. Mais le fantôme de Marianne planait toujours sur lui comme une mauvaise ombre. Il secoua la tête en pensant à elle, qui s'était donné la mort sous ses yeux en portant leur enfant. Certes, il n'avait pas été l'amant idéal, mais il se serait fait à l'idée...

Après s'être creusé la tête, il se décida à passer chez Christopher. A cette heure-ci il devait être au travail, mais Olivier monta quand même chez lui pour vérifier si tout allait bien. Il frappa deux coups secs sur la grande porte de l'appartement et il entendit Christopher s'activer près de la porte d'un pas lourd. Il ouvrit la porte brusquement en murmurant un « Bonjour ».

« Entre.
- Est-ce que tu vas bien ? s'inquiéta Olivier.
- Ou-i... ! Que me vaut le plaisir de ta visite en cette heure si matinale ? demanda Christopher étonnamment jovial.
- En fait, je ne pensais pas te trouver ici parce que...
- Ça alors ! Tu viens en pensant que je ne serais pas là !
- C'est que... je voulais être sûr. Mais... Tu ne devrais pas être au boulot ?
- Et bien, j'ai du prendre quelques vacances... forcées ! Tu veux un café au fait ? s'exclama Christopher


Olivier comprit tout de suite que quelque chose clochait au ton de sa voix, lui d'ordinaire si grave. Il alla dans sa cuisine préparer du café et revint quelques instants plus tard avec deux tasses fumantes qu'il posa sur la table, et s'avachit dans son canapé. Olivier s'assit à côté de lui sur le grand divan usé du salon en essayant de chercher son regard.

« Tu t'es fait viré ?
- Non. Mon patron m'a fait comprendre qu'il fallait que je prenne des 'vacances' pour me reposer sinon je risquais de perdre mon poste.
- C'est injuste...
- Il a eu raison... Ces derniers temps je ne fais attention à rien ! J'ai failli oublier d'éteindre le gaz avant-hier. Ca aurait pu coûter la vie à tout l'immeuble. Heureusement que Léo est avec vous, dit-il d'un ton désormais éteint. »

Il était pris entre l'envie de lui parler de son problème et l'envie de se taire et de continuer à faire semblant. Il avait chaud, tellement chaud, il se passa les mains sur le visage puis joua avec son alliance.


« J'aurais jamais dû mettre du scotch dans mon café ce matin... souffla-t-il pour se soulager d'un poids, alors qu'Olivier se contenta de hocher la tête. Tu t'en étais rendu compte pas vrai ?
- A vrai dire, oui.
- Et c'est pour ça que vous m'avez pris Léo ? demanda-t-il les yeux brillants.
- On ne te l'a pas pris. Tu le vois aussi souvent que tu veux en plus...
- J'ai un problème hein ? Mais qu'est ce qui m'arrive ?! demanda Christopher en gémissant.
- T'as besoin d'aide. Tu aurais dû nous en parler...
- En plus d'avoir une comateuse dans la famille, on aurait eu un alcoolo ! Bonjour l'image !
- Ne parle pas comme ça ! ordonna Olivier sur un ton péremptoire. Tu n'es pas dans ton état normal. Tu devrais t'allonger, dormir...
- Et me faire soigner ? continua Christopher.
- Et te faire soigner... »

Christopher s'allongea alors dans les coussins du divan et se mit à sangloter comme un enfant.

« Mais on va passer la fin de nos jours à l'hôpital !! »


*

Après avoir quitté un Christopher en nage, allongé entre les coussins de son canapé usé, Olivier était passé chercher Julia et ils étaient maintenant en train de manger dans une petite brasserie de la capitale. Olivier lui paraissait soucieux, mais Julia ne disait rien, attendant qu'il en parle lui-même. Il n'osait pas avouer que Christopher lui avait montré toutes ses faiblesses, qu'il lui avait donné une preuve d'amitié en acceptant de lui livrer ses angoisses. Il se contenta de rester évasif malgré le regard insistant de sa compagne.


« J'ai vu Christopher aujourd'hui.
- Il va mieux ?
- Il m'a parut assez fatigué.
- On l'est tous malheureusement. J'espère qu'il se repose.
- Oui, ne t'inquiète pas, il a pris des vacances.
- Ça me rassure. J'avais peur qu'il fasse une vraie bêtise. »

Leur micro conversation fut interrompue par le téléphone portable de Julia. Elle vit que c'était l'hôpital qui tentait de la joindre et elle décrocha en s'excusant.


« Allo ?
- Julia ? C'est Suarez ! J'aimerais que vous passiez me voir le plus vite possible.
- Entendu. Je passerai à la fin de ma pause déjeuner. Mes consultations ne recommencent pas avant deux heures...
- C'est urgent Julia...
- Alors dans ce cas je ferais de mon mieux. A tout à l'heure, dit-elle en raccrochant, puis s'adressant à Olivier. C'était Suarez. Il veut me voir le plus vite possible.
- Tu crois que c'est grave ? s'enquit-il.
- Je n'en sais rien... Il a précisé que c'était urgent, mais il n'a rien laissé entendre sur la gravité sur sujet, dit-elle soucieuse.
- Tu veux que je te raccompagne à l'hôpital maintenant ? »


Julia resta silencieuse durant le trajet, anxieuse. Elle redoutait ce qu'allait lui dire Suarez. Elle redoutait d'entendre ce qu'elle appréhendait depuis un mois déjà. Elle redoutait le moment où il allait devoir lui dire qu'il se voyait contraint de débrancher Marine. Elle ne voulait plus batailler comme ça, elle voulait que Suarez la laisse en prolongement de vie artificiel.
Elle descendit de la voiture en remerciant Olivier puis elle entra dans l'hôpital, monta les marches, parcourant les étages qui la séparaient du bureau de Suarez redoutant toute nouvelle confrontation avec lui. Elle avait déjà réussi à le persuader de la laisser branchée un mois de plus... Déjà un mois et demi qu'elle était tombée dans le coma sans signe d'un éventuel réveil. Elle n'en avait pas parlé, ni à Olivier, ni à Christopher, pour éviter tout espoir ou fausse joie. Elle frappa à la porte du bureau et entendit qu'on lui demandait d'entrer. Suarez l'attendait, debout, face à sa fenêtre en lui tournant le dos. Il tenait un dossier dans les mains, qu'il jeta sur son bureau mal rangé.


« Fermez la porte s'il vous plait.
- Bien sur. Que se passe-t-il pour que vous m'ayez appelé à l'heure du déjeuner ?
- Jetez un coup d'½il à ce dossier. »


Julia s'exécuta sous l'½il attentif et morne de Suarez qui connaissait déjà la nature de la tornade qui allait bientôt s'abattre sur eux. Elle parcourut les chiffres, les noms, les codes de ce dossier portant le nom de « Marine Taylor née Alvès ». Elle leva un sourcil en ne comprenant pas tout de suite.


« Vous pourriez éventuellement m'expliquer ces... « HCG positif » et les dosages radio immunologiques de Bêta, parce que je ne suis pas médecin ! J'suis psy !
- Et bien on lui fait des examens médicaux tous les jours pour vérifier si ses fonctions vitales ne sont pas touchées. On a analysé son sang... et le dosage radio immunologique de la fraction Bêta de l'HCG est positif !
- C'est vrai. Vu comme ça, c'est beaucoup plus clair ! Expliquez moi. Vous ne m'avez pas fait venir pour m'assommez de termes de laboratoires je suppose ...
- Si ce test est positif, cela veut dire qu'on a détecté de l'HCG dans son plasma...
- En d'autres termes ? demanda Julia, au bord des nerfs mais commençant à comprendre.
- En d'autres termes elle est enceinte ! »


Musique:
T'aime de Patrick Fiori
J'ai été longue à la détente.
Désolée.
J'espère que cette scène vous va... !

# Posté le samedi 05 mai 2007 12:21

Modifié le vendredi 18 janvier 2008 07:08

[ 13 ] J e . m e . s o u v i e n s . d e . v o u s .

[ 13 ] J e . m e . s o u v i e n s . d e . v o u s .
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Tino avait pris l'habitude de voir sa cousine à l'hôpital pour éviter de la déranger chez elle. Après tout, il n'estimait pas avoir le droit d'être triste pour le sort réservé à Marine, puisqu'il ne faisait pas réellement partie de la famille.
En se
rendant à l'hôpital ce jour là, il en profitait pour aller voir si tout allait bien dans la chambre de Marine et espérait secrètement qu'elle se réveille enfin, après tout ce temps passé dans le coma. Il entra doucement et comme toutes les fois qu'il la voyait dans cet état, il fut saisi par l'angoisse qu'elle ne se réveille jamais. Il s'assit près du lit et écarta les tuyaux qui encerclaient le corps de la jeune femme. Comme Julia, il n'osait rien lui dire. Le simple fait d'être près d'elle le rassurait et il la regardait plein d'espoir, à chaque fois. Mais il fut rattrapé par sa conscience qui lui rappelait qu'il n'était pas celui dont elle avait besoin. Il se rendait compte, au fur et à mesure de ses visites qu'il n'était plus vraiment amoureux d'elle. Bien sur il l'aimait encore, mais moins fort, et de manière moins destructive. Elle avait eu raison en lui disant qu'ils devaient se dire au revoir, mais il ne se doutait pas qu'on allait la lui prendre aussi rapidement, et d'une façon si cruelle. Il décida de se sauver, les larmes aux yeux. Il s'éclipsa alors sans bruit de la chambre, comme si elle pouvait l'entendre. Après avoir refermé la porte derrière lui il s'y adossa et poussa un grand soupir de tristesse. A mesure que les jours avançaient il perdait espoir. Il se décida à se changer les idées avant de rejoindre sa cousine, si elle avait un peu de temps à lui accorder entre deux patients. Il s'avaa d'un pas élancé dans les couloirs de l'hôpital et pensa que dans la cafétéria de cet endroit il serait tranquille. C'était sans compter sur la fraîcheur d'une jolie jeune femme qui passait aussi, depuis peu, du temps dans cet hôpital.

Lorsqu'el
le l'aperçu, seul, les larmes aux yeux, dans cette cafétéria froide, Arielle eut une sorte de réflexe. Elle reposa son crayon et le rangea dans son sac. Cet homme l'intriguait. Elle se leva et entra dans la pièce. Elle lui tapa sur l'épaule pour lui signaler sa présence au moment où il éclatait finalement en sanglots. Tino parut surpris et sentit sa voix s'étrangler dans sa gorge, alors qu'elle s'asseyait le plus naturellement du monde en face de lui. Il se sentit déstabilisé face au sourire angélique qu'elle lui lança, faisant mine de ne pas avoir vu ses larmes.

«
Bonjour !
- Heu... Bonjour...
- Oh
, je suis bête. Vous ne vous rappelez sûrement pas de moi ? On s'est croisé près du bureau de Melle Sitruk.
- Oui, je me souvien
s très bien de vous. J'ai même essayé de vous draguer ! Arielle Apostasie, c'est bien ça ?
- C'
est bien ça ! Et vous êtes Valentino Rossi, si ma mémoire ne me fait pas encore défaut ! dit Arielle en essayant de cacher qu'elle ne pensait qu'à lui depuis leur première rencontre.
- C'est
exact, lui répondit-il avec un demi sourire.
- Elle
vous manque n'est-ce pas ?
- Je v
ous demande pardon ? fit Tino surprit par l'aplomb de la jeune femme.
-
La femme à laquelle vous pensez, elle vous manque.
- En fait, ou
i. Mais moins que je ne le pensais, et ça m'rend un peu coupable, avoua-t-il.
-
Elle vous a laissé tombé ?
- Elle
est dans le coma, déclara-t-il en tentant de rester le plus calme possible.
- Bah merde alors ! Pardon, je ne pensais pas qu'elle pouvait être dans un état si critique...
-
Ne vous inquiétez pas, vous ne pouviez pas savoir après tout... »


Arielle se tut quelques instants pour lui laisser le temps de décider s'il continuait de parler avec elle ou de s'enfuir. Elle l'observa attentivement et quelque chose lui plut en lui. Elle ne sut pas dire quoi... Peut être ce cheveu négligemment coiffé en bataille, ou bien sa petite barbe naissante, ou encore ses grands yeux profonds. Elle cligna des yeux pour éviter de s'imaginer des histoires rocambolesques à son propos et songea qu'elle aimerait le dessiner. Elle lui proposerait un jour. Quand il irait mieux. A sa plus grande surprise, ce fut lui qui reprit la parole le premier.


« Et
vous, qu'est ce que vous faîtes ici ?
- Ca
va vous paraître étrange mais... je dessine les gens, comme d'autres prennent des photos.
- Vous dessinez les gens
dans un hôpital ? Vous n'avez rien trouvé de plus gai ? demanda-t-il, sarcastique
- Au contraire
. Il n'y a pas que des gens qui souffrent ici. La vie peut pointer le bout de son nez et alors les choses prennent une toute autre tournure. J'essaye de saisir le moment en le griffonnant sur un bout de papier.
- J'aimera
i voir ce que vous faîtes.
-
Un jour...
- Pro
mis ?
- Promis. J'
essayerais de la tenir celle là de promesse !
- Mytho
mane ? demanda-t-il pour tenter de la déstabiliser à son tour.
- N
on, j'embellis parfois la vérité, rien de bien méchant répondit-elle amusée par sa répartie.
- Bien. M
ais qu'est ce que vous venez faire ici, à part dessiner ?
- Je
consulte Melle Sitruk.
- Oui c'e
st vrai. Elle a une grande capacité d'écoute... Elle est la personne la plus belle que je connaisse parce qu'elle est totalement désintéressée alors si elle décide de vous offrir son aide elle va jusqu'au bout.
- Vous avez
énormément d'estime pour elle...
- Je croi
s lui devoir beaucoup. Elle fait incontestablement partie de ma vie, si elle n'était pas là je ne sais pas comment je ferais.
- Elle m'impressionne
votre cousine.
- Ah, vous vous
êtes souvenue qu'elle est ma cousine, demanda Tino étonné.
- Ou
i. Mais vous ne pouvez pas le nier, vous avez quelque chose de similaire dans le regard et dans la voix... »

Tino hocha doucement la tête en signe d'acquiescement et songea qu'il devait la voir et donc prendre congé de cette Arielle qui le surprenait à chaque fois par son aplomb et sa bonne humeur. Elle passa une main dans ses cheveux blonds dorés et leva la tête en s'exclamant : « Regardez, quand on parle du loup ! ». Il tourna la tête et vit Julia traverser le grand couloir les larmes aux yeux et tentant vainement de se retenir. Il lança un regard désolé à Arielle qui lui signifia qu'il devait aller la voir, et se précipita vers elle.
Comme elle
ne l'avait pas vu, elle continua sa route droit devant elle mais il lui attrapa le bras. Un instant surprise, elle chercha à éviter son regard mais il la força à le regarder dans les yeux et la serra doucement dans ses bras tandis qu'elle continuait à sangloter bêtement. Il réussit à lui murmurer : « Qu'est ce qu'il ne va pas ? ». Comme elle persistait à secouer la tête, il relâcha son étreinte pour qu'elle puisse parler.


« J'suis bête. Je pleure alors que je devrais être heureuse. Marine est enceinte... »

Tino ne sut pas quoi répondre, et se posa mille questions en se laissant tomber sur l'un des fauteuils bleus du couloir, livide.


Ce n'est pas une scène d'une importance capitale mais...
J'avais envie de la faire quand même.
Pardon pour ce retard accumulé.
Mais je vous avais 'promis' une mise à jour
alors j'ai essayé de respecter ma promesse... Comme Arielle ^^
Je reconnais que c'est une scène courte.
Mais j'ai préféré faire court plutôt que de continuer les frais !
J'estime qu'elle n'est pas assez bien travaillée mais je vous
promets de me rattraper sur les suivantes.
Merci à ceux qui lisent encore =)

# Posté le dimanche 20 mai 2007 15:01

Modifié le jeudi 24 janvier 2008 15:47

[ 14 ] C a . p o u r r a i t . s e m e r . l a . p a g a i l l e .

[ 14 ] C a . p o u r r a i t . s e m e r . l a . p a g a i l l e .
.
Suarez entra en trombe dans le bureau de Julia alors qu'elle était en train d'expliquer la situation plus en détails à Tino.


« Sitruk ! Je comprends que la nouvelle vous bouleverse, mais vus auriez pu rester dans mon bureau histoire que je ne vous cours pas après dans cet hôpital !
- Je suis désolée mais... je suis en train de parler avec quelqu'un.
- Je m'en moque ! Nous avions une conversation... concernant une patiente !
- Nous l'avions terminée il me semble. Je suis avec un patient...
- Je sais très bien qu'il s'agit de votre cousin !
- Je vais vous laissez. Je t'attends dans la voiture... lui dit Tino, bienveillant, en sortant pour les laisser parler.
- Je suis navrée Suarez. Il s'agit de ma meilleure amie, d'une personne de ma famille... Je ne veux pas affronter ce problème toute seule. Il a fallut que je lui en parle.
- C'est moi qui suis désolé, dit-il en s'asseyant. Le fait que Marine fasse partie de mon équipe me bouscule un peu. Nous ne devrions pas nous occuper de cette histoire.
- Si, au contraire ! Nous pourrions faire pencher la balance de notre côté... Il faut que vous la gardiez dans votre service.
- Ca va être un peu difficile vu les circonstances. On va devoir la déplacer. Il ne faut pas qu'elle reste dans cette chambre là. Mais je continuerai de superviser tout ça ne vous inquiétez pas.
- J'espère pouvoir compter sur vous... dit-elle en baissant la tête. Il n'est plus question de la débrancher n'est-ce pas ? reprit-elle fièrement.
- Pour l'instant non. Sauf si l'embryon n'est pas viable, auquel cas, il pourrait créer une hémorragie interne...
- Combien de temps faut-il attendre avant les prochains examens ? J'aimerais l'annoncer à mon beau-frère quand on sera sûrs, pour ne pas qu'il se fasse de fausse joie.
- Je crois plutôt que vous devriez lui annoncer dès maintenant. On ne sait jamais ce qui peut arriver... dit-il d'un ton morne.
- Je vois... »


Suarez resta silencieux et la regarda en hochant la tête, se voulant rassurant puis il se décida à sortir de la pièce en lui lançant un regard protecteur. Leurs rapports avaient beaucoup évolués ses dernières années et un respect mutuel s'était progressivement installé entre les deux médecins. Benjamin Suarez n'était plus le médecin arrogant et ambitieux d'antan. Aujourd'hui il se contentait de soigner les malades de son mieux même si les grandes opérations se faisaient rares... Il préférait maintenant opérer plus d'appendicites en prenant mieux soin des gens.


*---*
-*


Julia ne se doutait pas de ce qui allait se passer dans leurs esprits à ce moment là en leur annonçant la nouvelle mais elle avait décidé de se préparer à toute éventualité. Tino l'avait laissée quelques minutes plus tôt en bas de son immeuble et elle était montée rapidement à son appartement par les escaliers usés par les pas des locataires successifs du vieil immeuble. Elle avait réfléchit si vite sur la situation qu'elle n'avait même pas pensé à prévenir Olivier. Elle l'appela en lui expliquant qu'elle avait une grande nouvelle à lui annoncer. Il arriva peu de temps après accompagné par Léo qu'il venait de récupérer à l'école. Après avoir embrassé Olivier, elle se baissa pour être à la hauteur de son neveu.


« Tu vas bien trésor ? Papa va venir manger avec nous ce soir... T'es d'accord ?
- Oh ben oui ! Il me manque même si je suis très bien avec toi et Olivier.
- Ne t'en fais pas, Léo, tu retourneras habiter avec lui très bientôt, dit Olivier en lui prenant la main pour l'emmener vers le salon. »


Il revint quelques minutes plus tôt, un certain sourire aux lèvres, alors que Julia était assise dans la cuisine. Elle comprit alors qu'il se trompait totalement sur la nature de la nouvelle qu'elle allait lui annoncer. Elle fronça les sourcils et lui intima par un geste de s'asseoir.


« Oh... Je crois que j'ai bien fait de coller Léo devant la télé ! dit-il.
- Tu l'as encore mis devant ses dessins animés débiles ?
- Oui, mais il adore ça... J'ai l'impression que ce n'est pas LA grande nouvelle que tu veux m'annoncer.
- Et bien, je crois que non, ce n'est pas cette nouvelle mais avec un peu d'espoir...
- Ne prends pas de chemins détournés s'il te plait... Tu sais bien que je déteste ça, dit-il maintenant, avec une mine renfrognée.
- Très bien, dit-elle en se raclant la gorge et marquant une pause. Ta s½ur est enceinte.
- Oh...
- Ecoute, il faut voir les côtés positifs.
- Mais Julia... Elle est dans le coma, comment veux-tu que le bébé se développe normalement ? Et d'ailleurs j'aimerais bien savoir comment il a pu résister au choc de l'accident.
- Je ne vois pas pourquoi il se développerait mal... Et apparemment, lors de l'accident l'ovule n'était pas encore fécondé. Et tu sais, que les spermatozoïdes ont une durée de vie de plusieurs jours...
- C'est vrai... »


Olivier semblait comme figé par la nouvelle mais il hurlait de joie à l'intérieur, sa s½ur allait peut être donner naissance à un enfant alors qu'elle était dans une situation pour le moins difficile. Néanmoins ce n'était pas pour ça qu'il s'inquiétait. Il avait trente-six ans mais pas le moindre enfant. Le désir de la paternité commençait à le travailler mais a chaque fois qu'il évoquait le sujet, Julia en changeait habilement et n'en parlait plus jamais. Olivier avait donc jugé que c'était un des sujets qu'il éviterait à l'avenir d'aborder.

Mais pour l'instant il lui sourit doucement et se leva pour la rejoindre de l'autre côté de la table et la serra dans ses bras, agenouillé près d'elle. Presque involontairement il toucha son ventre et elle y perçut un message subliminal. Alors elle se détacha en songeant au jour où elle lui dirait tout, et où il serait malheureux. Elle se montra forte, digne et déclara qu'il fallait appeler Christopher pour lui annoncer la nouvelle. Olivier la regarda d'un air entendu et désolé, et alla regarder les dessins animés avec Léo...


Lorsqu'il arriva, Christopher avait les traits tirés et la mine triste. Julia espérait que la nouvelle allait faire naître miraculeusement un sourire sur son visage. En voyant son père arriver, Léo se jeta dans ses bras en courrant et Julia en voyant son miracle apparaître, se serra dans les bras d'Olivier. Ils avaient tous besoin que les autres soient là, et ils étaient enfin tous réunis pour connaître cette nouvelle. Ils s'assirent dans un des fauteuils du salon et Olivier décida de prendre la parole en étant clair et franc.


« Bon Christopher, on a une nouvelle qui va sûrement te faire plaisir !
- Je n'attends que ça, depuis un mois et demi figure toi. Alors quelle qu'elle soit, tu peux être sûr qu'elle me fera plaisir !
- Alors, Marine est enceinte, dit-il en ménageant son petit effet. »


Christopher ne parut pas comprendre la nouvelle sur le coup. Il garda la petite main de son fils dans la sienne et ouvrit de grands yeux étonnés. Il fixa Olivier, puis il fixa Julia, qui en avait assez d'entendre répéter cette nouvelle alors que la situation pouvait être dangereuse pour son amie. Christopher parut chercher ses mots et demanda à Léo, qui n'avait pas réagit, de le pincer pour vérifier s'il ne rêvait pas.


« Vous en êtes sûrs ?
- Certains ! affirma Julia avec un petit sourire.
- Mais... mais comment c'est possible ? Le bébé... Il sera normal ?
- Oui, dit Julia, amusée. Il n'y a pas de raison qu'il soit « anormal ».
- Mais... et l'accident a bien dû lui faire du mal, comme à elle non ?
- En vérité, lors de l'accident, elle n'était pas encore enceinte. Tu penses bien que les médecins s'en seraient aperçus !
- Alors comment ... 'Fin ... J'comprends pas !
- Ecoute, je vais te rappeler tes cours de biologie de collège... Les spermatozoïdes ont une durée de vie de plusieurs jours. Alors l'ovule a été fécondé quelques heures plus tard, reprit Olivier calmement.
- Bien. Et combien de temps ça fait ?
- Ça fait donc un mois et demi... Ils vont la faire accoucher par césarienne, bien sûr, au mois de Juillet. Christopher... J'te promets que tout ira bien. Il y a déjà eu beaucoup de cas de femmes enceintes et dans le coma... ce n'est pas incompatible.
- Et bien... Waou. C'est tout ce que je trouve à dire. C'est vraiment inespéré. »


Christopher se tut et un sourire ravi s'esquissa sur son visage. Il reprenait tout à coup espoir. L'état végétatif dans lequel se trouvait sa femme pouvait laisser croire qu'elle était morte mais le simple fait que la vie se développe en elle lui redonnait espoir. Leur redonnait espoir à tous.

A la fin de la soirée, il fut décidé que Léo retournerait avec son père durant le week-end. Tous les deux étaient ravis, et partageaient un très grand bonheur. Léo ne comprenait pas tellement la situation mais le simple fait de voir son père heureux, lui rendait à lui aussi le sourire.


*---*
-*


Quand ils furent sur le point de s'endormir, Julia ralluma la lumière de sa table de nuit et se redressa dans son lit, les mains croisées sur le ventre. Elle plongea son regard sur la grande pendule qui trônait sur le mur en face d'eux et attendit que quelques minutes passent en suivant le mouvement de la trotteuse. Olivier inquiet et curieux de savoir ce qui lui arrivait se redressa lui aussi et se frotta les yeux. Il la regarda attentivement et il reconnut son expression. Elle faisait toujours cette moue lorsqu'elle avait un doute, ou lorsqu'elle réfléchissait... Apparemment, elle était en train de réfléchir tout en ayant un doute. Olivier comprit tout de suite de quoi il s'agissait et l'interrogea.


« Toi aussi tu as un doute ?
- J'ai un gros doute oui...
- Tu crois qu'on devrait lui dire ?
- A qui ? A Christopher ou à Tino ?
- Je n'en sais rien... J'avais d'abord pensé à Christopher.
- Non, je crois qu'il ne faut rien dire. Ca pourrait semer la pagaille inutilement...
- Mmmh, à quel moment tu t'en es rendue compte ?
- Quand tu lui as fait un rappel de cours... dit-elle très simplement. Toi aussi tu doutes d'elle ? Tu doutes de la fidélité de ta s½ur ?
- Non. Je sais seulement à quel point elle et Tino s'aimaient. Ca ne m'étonnerais pas qu'ils se soient revus... pour se dire au revoir tu vois ? »


Elle le considéra un instant et parût hésiter. Elle était partagée entre le fait de tout garder pour elle, ou de se soulager d'un poids. Elle se demandait si elle devait lui expliquer ce que Tino lui avait révélé quelques semaines plus tôt lorsqu'il voulait repartir. Après un court instant de réflexion elle se décida à le lui dire, alors qu'il attendait patiemment qu'elle lui parle. Elle éteignit la lumière et parla enfin.


« Tino m'a dit qu'ils s'étaient revus... le jour de l'accident. »


Olivier ne dit rien et se contenta de soupirer en se blottissant dans les bras de celle qui était devenue son essentielle. Ils restèrent longuement dans cette position, gardant les yeux ouverts dans l'obscurité.

# Posté le vendredi 25 mai 2007 17:15

Modifié le mardi 01 juillet 2008 08:46