[ 2o ] T ' a s . v o t é ?

[ 2o ] T '  a s . v o t é  ?
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Juin 2012

Olivier attendait Tino depuis un bon moment enchaînant café sur café pour patienter. Les deux hommes s'étaient donnés rendez-vous dans un café parce qu'Olivier ne paraissait pas très enclin à parler au téléphone, mais Tino était encore en retard. « Il ne changera jamais » pensa Olivier alors que Tino poussait la porte de l'établissement et se dirigeait vers lui.

« Tu es en re
tard, lui fit-il remarquer.
-
Je sais. Excuse moi. Tu prends quoi ? lui demanda-t-il en se tournant vers le comptoir.
- Rien,
j'ai déjà bu trop de cafés.
- D'accord. Alors, q
u'est ce que tu voulais me dire ? Ça avait l'air important pour que tu ne veuilles pas en parler au téléphone.
- C'est à
propos de Julia, répondit-il en remuant le marc de café dans une de ses tasses.
- T'
as l'air soucieux.
- Un peu. Et je m
e demandais si tu ne pourrais pas m'éclairer... un peu. J'ai pas l'impression qu'elle aille très bien en ce moment.
- On
est tous un peu dérangés par le coma de ta s½ur tu sais !
- Oui. Mais j
e ne crois pas que ça ait un rapport. C'est à chaque fois que je parle de fonder une famille, elle se met dans des états pas possibles.
- Tu cro
is qu'elle a peur ?
- J'
vois pas de quoi elle pourrait avoir peur ! Non, je m'étais dit que peut être elle ne voulait pas d'enfants ou quelque chose comme ça...
- Ou pe
ut être qu'elle veut se marier avant... proposa Tino en haussant les sourcils.
- Ça m'étonnerait
. Elle ne veut pas se remarier... Pourtant, elle s'entend bien avec Léo... Tu crois qu'il a pu se passer un truc qui l'aurait 'traumatisée' ? Elle m'en aurait parlé quand même, marmonna Olivier pour lui-même. T'es au courant de quelque chose ?
- J'ai été absent pe
ndant 1o longues années tu sais, il y a dû avoir des choses importantes dans sa vie dont je ne suis pas au courant...
- P
ourtant tu avais tes nouvelles d'elle !
- Pas vr
aiment. Ce sont nos parents qui s'envoyaient des nouvelles, et c'est par mes parents que j'avais des nouvelles de Julia. J'ai raté des évènements importants pour elle... Par exemple, j'étais là pour son mariage, mais pas pour l'enterrement de François ...
-
Qu'est ce que j'ai pu le détester à l'époque... Je crois que c'est à partir de ce moment là que je me suis éloigné de ma s½ur et Julia. Notre petit groupe avait commencé à se dissoudre. Ce mariage avait marqué la fin d'une époque pour moi... repensa-t-il songeur.
- Tu veu
x que je lui en parle ?
- Oh non. T'es gentil m
ais ça vaut mieux pas. Je vais lui en parler moi-même. »


Tino regardait Olivier se lever et ranger sa chaise. Il semblait tout d'un coup penser à autre chose.


« Il
faut que j'y aille. Je n'ai pas encore voté.
-
Alors dépêche toi, les bureaux de votes ferment dans deux heures...
- J'
espère que cette fois, notre voie sera entendue ! dit-il en lui faisant un petit clin d'½il.
- J'
espère aussi.
- Au fait,
j'ai une ardoise ici, tu n'as qu'à donner mon nom, le patron le mettra sur mon compte. »

Il qu
itta le café sur ces mots et alluma une cigarette juste devant la porte. Tino resta à l'intérieur et se demanda ce qui pouvait bien être à l'origine du malentendu. Il s'enfonça dans son fauteuil et recommanda un café.



*---*
-*





« Je ne veux pas de disputes alors je vais te dire tout ce que tu veux savoir. Mais je ne veux pas que tu m'interrompes. » dit Julia, en se levant de sa chaise. Olivier, assis à côté d'elle, fixait leur table de cuisine en formica jaune. Il l'avait simplement suivie du regard quand elle s'était levée, sans poser de questions. Il savait qu'elle allait tout lui dire, puisque de toute façon garder ce secret pour elle devenait trop lourd. Elle se positionna, comme souvent, dos à lui, face à la fenêtre, d'où elle voyait Paris illuminé.

« I
l n'y a plus que ta s½ur qui sait ce dont je vais te parler. Et encore, ça ne tient plus qu'à un fil alors ...En gros je suis seule pour ça. Je comprendrais que tu ne veuilles plus de moi, ou tu veuilles partir.
- Je
ne partirai pas. Même si tu as commis un crime.
- Tu
m'avais promis de ne pas m'interrompre, lui reprocha-t-elle en se tournant vers lui. Et je n'ai commis aucun crime... Je suis juste stérile ! »

Elle av
ait dit ses mots comme on lâche une petite bombe. Olivier se contenta d'hocher la tête, encore sous le choc des mots de la jeune femme. Elle s'était attendue à ça, alors elle se rapprocha de la table et s'assis à côté de lui.
Et comme il avait l'
air d'avoir perdu l'usage de la parole, elle se releva et prépara une grosse casserole d'eau chaude pour faire du café. Il fallait prévoir large, ils risquaient d'avoir du mal à dormir ...



« Tu le sais depuis longtemps ? demanda Olivier au bout d'un moment.
- Depuis que
lques années...
- Vous avie
z essayé d'avoir des enfants, et en faisant des examens vous vous êtes rendus compte que c'était pas possible ?
- Oui, c'est à peut près ç
a... Sauf que c'est François qui avait commencé à trouver ça bizarre. Il est allé faire des tests à l'hôpital, sans me le dire. Et il a compris que ça venait de moi quand il s'est aperçu que tout était normal chez lui.
- Tu as l'air tellement résignée !
- J'ai eu le temps d
e me faire à l'idée...
- J'
suis bête... J'avais pensé à un tas de chose, mais pas à ça. J'me demande pourquoi tu ne m'as rien dit plus tôt. »

Julia eut un petit rire qui sonnait faux.

« Je
n'imaginais pas que tu voudrais des enfants un jour... Tu comprends, après ce qu'il s'est passé il y a cinq ans... Marianne, le pont, la noyade et cætera, pour moi c'était clair. Tu ne voulais pas d'enfants, et tu n'en voudrais probablement jamais donc... J'avais choisi de ne rien dire.
- Je me douta
is bien que cette histoire allait ressortir un jour. Je ne veux pas polémiquer là-dessus, tu sais très bien ce que j'en pense parce que t'as été avec moi tout ce temps. »

Olivier ne dit plus rien et finit sa tasse de café. Les aiguilles de la grosse l'horloge de la cuisine continuaient à tourner, lentement.

« Tu as trop regar
dé Sous le Soleil. Déclara Olivier au bout d'un moment.
- Pou
rquoi tu dis ça ? demanda Julia surprise qu'il sorte de son mutisme de cette façon.
- Parce que je ne v
ais pas partir. On va rester ensemble jusqu'à la fin. »

I
l se leva, débarrassa la table et sortit de la pièce. Julia resta là. Elle s'approcha de la fenêtre et regarda encore Paris illuminé dont elle ne laissait jamais.

# Posté le samedi 12 janvier 2008 09:08

Modifié le mardi 26 février 2008 11:55

[ 21 ] B i e n v e n u e . s u r . T e r r e . m o n . A n g e

[ 21 ] B i e n v e n u e . s u r . T e r r e . m o n . A n g e
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23 Juillet 2012



« On est obligé ?
- Oui. J
e vous ai déjà expliqué la procédure Christopher, répéta Suarez.
- Je voulais
juste être sûr. J'ai peur que ça se passe mal. Ce n'est pas naturel, alors je m'inquiète.
- Ca ne sert à
rien, tout se passera bien. Je préfère que vous ne soyez pas dans la salle d'opération. »


Christopher ne voulait pas bouger. Il voulait voir son enfant naître. Et il espérait aussi que Marine se réveillerait, il voulait rester dans la salle. C'est Julia qui le tira par le bras.


« A
llez, viens. On t'a dit que tout allait bien se passer. »


Il ne dit rien et s
e laissa faire. Il rejoignit Olivier, assit sur les fauteuils dans une salle d'attente. Suarez rappela Julia.


« Vous voulez reste
r ?
- Non, ça ira. J'ai au
cune raison d'être au bloc. Je vais rester avec eux. »


Alors
Suarez ferma la porte et l'accouchement commença. Olivier s'efforçait de ne pas être trop anxieux mais il ne tenait pas en place. Christopher, lui, restait calme, assis sur sa chaise, mais l'expression de son visage trahissait son inquiétude. Pour une fois, Julia n'avait rien à leur dire.
Arielle avait proposé de rester avec Léo, qui était en vacances, alors Christopher le lui avait confié. Il ne voulait pas qu'il soit présent s'il arrivait quelque chose de grave pour sa mère.


Olivier se leva et dit « N'empêche, Léo devrait être là.
- Il est très bien là où
il est... lui répondit Christopher.
- Il va avoir un
frère ou une s½ur... c'est important non ?
- Et si ç
a se passe mal ?... Je ne veux pas qu'il soit déçu...
- Il devrait savoir ce
qu'il se passe autour de lui !
- Aux dernières nouve
lles je suis encore son père. Sois gentil et ne me dis pas ce que je devrais faire.
- Calmez-vous, on est
dans un hôpital ! Olivier assieds toi, demanda Julia. On ira le chercher quand le bébé sera né. »


Il s
'assit, ne dit plus rien et ils attendirent en silence. Christopher attendait frénétiquement que l'opération se termine pour qu'il puisse enfin serrer son enfant dans ses bras et peut être constater que sa femme était enfin sortie du coma. Malgré le nombre infime de chances que cela puisse se produire il continuait d'espérer que le choc de l'opération fasse reprendre un peu de vie à Marine.


« Tu crois que ça se pa
sse bien là dedans ? demanda Christopher à Julia en désignant le bloc opératoire du menton.
- Il n'y a pa
s de raison que ça se déroule mal, dit-elle peu convaincue.
- Disons qu'on est
face à une situation originale.
- C'est rare mais ça
s'est déjà vu ... Et il n'y a pas eu de complications particulières, mises à part celles de la césarienne.
- J'ai hâte que ça se fi
nisse, dit-il plus nerveux que jamais.
- Bon allez,
ça suffit. Tu sais bien que le stress ne te réussit pas... surtout en ce moment, pour ton traitement. »


Il hocha la tête, comme t
oujours pour montrer qu'il était d'accord. Depuis déjà deux mois il avait entamé une cure de désintoxication pour son début d'alcoolisme. Il se félicitait tous les jours d'être aller voir un médecin qui lui prescrivait un traitement et l'empêchait de boire jusqu'à l'épuisement. Il avait déjà jeté toutes les bouteilles qu'il avait en réserve chez lui et fréquentait ce qu'il appelait les A.A, alcooliques anonymes. Grâce à eux, il état sobre depuis un mois entier.
Olivier se leva, prétextant qu'il devait utiliser des toilettes. Il s'éloignait alors Julia en profita pour glisser à son beau-frère qu'il ne devait pas avoir de réactions brusques avec lui.
« On est inquiets autant
que toi. C'est pas parce qu'on a séché nos larmes plus vite, qu'on en est moins sincères... On a d'autres façons de montrer que ça nous affecte que toi, c'est tout. Il s'agit de sa s½ur, et de ma meilleure amie, alors ne crois pas qu'on ignore tout de ce que tu ressens en ce moment. Tu vas avoir un enfant, c'est sensé être une joie, non ? »

Olivier revenait déjà et Suarez poussait la porte du bloc. Il se dirigea vers eux, et ils se levèrent pour accueillir une bonne nouvelle. Le médecin enleva la charlotte, obligatoire en milieu stérilisé, qu'il avait sur la tête et s'adressa à Christopher.


« F
élicitations, c'est une fille. Elle est en parfaite santé, on a eu de la chance. Elle pèse deux kilos cinq cents et mesure à peine quarante-six centimètres. Ce n'est pas beaucoup mais c'est normal, la grossesse ne s'est pas déroulée de façon... traditionnelle.
-
On peut la voir ? demanda Olivier ému.
- Bien sûr.
Suivez moi. Nous avons transféré Marine dans une chambre à l'étage. »


Pendant
qu'ils le suivaient, aucun ne pensait à la même chose. Christopher ne pensait qu'à voir sa fille, Olivier se résignait à l'idée qu'une telle joie ne lui arriverait probablement jamais, et Julia se demandait si l'opération avait provoqué un choc assez fort pour permettre un réveil.
Suarez, Olivier et Julia laissèrent Christopher entrer le premier. Ils restèrent devant la porte pour le laisser profiter de sa toute nouvelle paternité.


« Vou
s savez, elle n'a pas réagit à l'accouchement, glissa Suarez à Julia.
- Alors
c'est définitif ?
- Je n'e
n sais rien. A un moment donné, on a cru qu'elle bougeait, mais apparemment on s'est trompés... »


Julia plissa les yeux et soupira en signe de déception, puis elle regarda Olivier qui avait entendu leur micro conversation. Il lui sourit tristement, mais paraissait s'en douter. Ils se regardèrent en sachant que tous deux pensaient à la même chose. Il serra sa 'femme' dans ses bras, tout de même soulagé que l'enfant soit né et en parfaite santé. Ils ne s'avouèrent jamais que tous les deux avaient un doute sur la paternité de Christopher, qui ne se doutait de rien.
En déc
ouvrant sa fille il se dit que Léo l'adorerait au premier coup d'½il. Il lui dit « bonjour ma p'tite fille », la contemplant d'un air ému. Il se retourna vers Olivier et Julia, qui étaient toujours enlacés.


« T'avais raison Oli., Léo devrait venir le plus vite possible ! Venez, je vais vous la présenter, les appela-t-il. »


Ils s'appro
chèrent de lui et l'encerclèrent. Elle était au milieu de ces trois personnes qui allaient beaucoup compter dans sa vie et paraissait heureuse. Elle clignait des yeux avec difficulté, elle était en train de se faire à la lumière du jour. D'instinct, Christopher la tendit à Olivier, qui la prit dans ses bras comme la petite chose fragile qu'elle était.


« Oh... ça
alors. Elle est mignonne.
- Alors ? Quel prénom tu l
ui donnes ? demanda Julia.
- Heu... C'est la saint B
rigitte aujourd'hui, se permit de dire Suarez en s'approchant d'eux.
- Vous ête
s sérieux ? demanda Julia amusée. Ce n'est pas très actuel comme prénom pour une petite fille.
- Non, en
fait je disais ça au cas où vous n'auriez aucune idée... se justifia la médecin.
- En fait, lorsque
Léo est né on ne connaissait pas non plus le sexe du bébé. On s'était dit que si c'était une fille on l'appellerait Emma.
- J'aime bien
! dit Olivier.
- C'est vra
i ? Alors va pour Emma. Bienvenue sur Terre mon ange ! s'exclama Christopher. »



*---*
-*




Il était déjà tard mais Julia sonna à la porte. Olivier et elle entendirent des pas légers s'approcher de la porte et Arielle leur ouvrit. Elle les fit entrer aussitôt dans l'appartement. Léo les vit rentrer dans la pièce et bondit du fauteuil où il était assis pour les rejoindre. Olivier l'attrapa au vol et le tint dans ses bras pendant que Julia lui disait que son père n'allait pas tarder à arriver.


«
Christopher arrive, il gare la voiture.
- Ca
s'est bien passé ? demanda Tino qui s'approchait d'eux.
- C
'est une fille. Pas de problème de santé ... Bref tout va bien pour la petite. »


Ni Arielle ni Tino n'osait poser la question qui leur brûlait les lèvres : Marine s'était-elle réveillée ? Ils préféraient ne rien dire pour l'instant, les autres le leur diraient probablement bientôt.
Christopher frappa à la porte, et Léo descendit des bras d'Olivier pour courir vers lui.


« Alooo
rs ? demanda le petit garçon.
- Alors tu as une petite s½ur.
- Comm
ent elle s'appelle ? demanda Léo surexcité.
-
Emma. C'est toi le grand maintenant. J'espère que tu vas être sage, parce qu'on va la voir demain.
- Je suis toujours sage de toute façon. Et on verra maman ?
- Oui.
.. oui on la verra, dit-il tout simplement. Allez, on rentre, on ne va pas déranger Arielle et Tino plus longtemps. Tu as été sage au moins ?
-
Oui très sage ! répondit Tino à sa place.
- M
erci de l'avoir gardé, leur dit-il.
-
Attends, demanda Tino. Tu mettras ça dans la chambre de ta femme, lui dit-il en lui tendant un gros bouquet de fleurs.
- Merci... Elle... Elle ne s'est pas réveillée. Mais elle adorerait le bouquet ! lui répondit Christopher en prenant les fleurs. »


Ils
partirent tous les quatre, les prochains jours seraient fatigants.
Tino se tourna vers Arielle qui avait posé sa main sur son épaule. Il ne la laissa rien dire et prit la parole.


« J'a
i pas envie que toi aussi tu m'échappes. Je te l'interdis même. J'espère que tu as compris, parce que tu ne me le referas pas dire deux fois ! »
.
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Je n'ai plus beaucoup de visites, ni de commentaires.
Je m'en moque. Je finis quand même ici.
On ne sait jamais que quelques personnes lisent.

# Posté le lundi 10 mars 2008 17:30

Modifié le samedi 22 mars 2008 09:38

[ 22 ] R e n d o n s . n o u s . a u x . é v i d e n c e s

[ 22 ] R e n d o n s . n o u s . a u x . é v i d e n c e s
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1er Aout 2012


« Merci d'être là tous les trois... Je vous ai demandé de venir parce que nous sommes face à un cas difficile. J'ai de gros doutes sur le réveil de Marine. Et connaissant sa position dans ce genre de situation, je vais devoir... la débrancher, acheva Benjamin Suarez sous le regard anxieux des trois personnes devant lui.
- Quelle
position ? Comment se fait-il que je ne soies pas au courant de ça ? demanda Christopher.
- O
n nous demande à tous, quand on est embauché à l'hôpital, notre opinion sur le sujet pour éviter aux proches d'avoir à prendre une décision en cas de problème, expliqua Julia calmement.
-
Et qu'est-ce qu'elle en pensait ? Elle ne m'en avait jamais parlé.
- Elle avai
t signalé qu'elle ne souhaitait pas bénéficier de prolongement de vie artificiel, ajouta Suarez. »


La nouvel
le qu'ils redoutaient tant venait de tomber, aussi vivement et rapidement que ce genre d'information peut l'être. Suarez sortit des papiers d'un tiroir de son bureau et les posa en évidence sur la table.


«
Julia, j'imagine que tu le savais déjà, dit Christopher en s'asseyant.
-
Non, je viens de l'apprendre comme vous. Mais je me doutais que ça ne pouvait pas continuer éternellement. Ses fonctions vitales faiblissent de jours en jours. Et comme je ne fais pas officiellement partie de la famille, je ne peux légalement pas m'y opposer.
- En fa
it, tu es d'accord avec la décision ! s'insurgea son beau-frère.
- Il n'a jama
is été question de ça....
- On
ne peut pas laisser un enfant qui vient de naître sans mère !
-
On ne peut pas non plus la laisser végéter comme ça. Elle est déjà à un stade avancé de coma. Le stade 3, coma profond. Aucune réaction aux stimuli douloureux, comme on l'a vu avec la césarienne... ajouta Suarez pour venir en aide à Julia.
- Pardon ma
is je n'suis pas d'accord. Qui a prononcé le mot « fin » ? Hein !? Rien n'est jamais terminé avant que quelqu'un dise « fin »... alors je continue aussi naïvement que je peux l'être de croire qu'un miracle peut encore arriver, même après dix mois de coma. »


Il y e
ut un grand silence dans le bureau de Suarez. Tout le monde attendait que Christopher poursuive. Julia commençait à pencher de son côté, alors que son esprit rationnel lui dictait de suivre l'avis de Suarez. Néanmoins elle savait combien il était difficile d'admettre que la personne qui partage votre vie n'a plus aucun espoir de s'en sortir.


« Fin, déclara
Olivier en brisant le silence devenu pesant.
-
Quoi ? Ne me dis pas que toi aussi tu perds espoir vieux ! Elle va se réveiller bon sang ! Elle est forte, elle peut s'en sortir, lui répéta Christopher horrifié par ce qu'Olivier venait de dire.
- Excus
ez moi mais en tant que frère de la victime, sa parole a autant de poids que la votre, Christopher, déclara Suarez.
- Ca veut
dire que vous la condamnez tous ? Tous les trois, qui croyiez qu'elle pouvait encore revenir parmi nous.
- Ca
veut dire qu'après dix mois et un accouchement, elle aurait déjà du se réveiller, dit Julia. Ca fait trop longtemps maintenant.
- Il faut s
e rendre à l'évidence, aux volontés de votre femme et du corps médical Christopher, je suis désolé. Si vous signez ces formulaires nous la débrancherons demain après-midi. »



*---*
-*



Ils se séparèrent en sortant du bureau. Christopher repartait, énervé mais triste sans leur jeter un regard. Il leur en voulait mais avait quand même signé les papiers que Suarez lui avait tendus. Il s'en voulait pour ça aussi, mais il espérait qu'ils aient raison. Il voulait sortir le plus rapidement possible de cet hôpital. Il devrait le dire à Léo mais il n'avait aucune idée de la manière dont il le ferait.

Julia resta à la porte entourée d'Olivier et de Suarez. Ils le regardèrent partir sans chercher à le rattraper... de toute façon il était déjà loin. Même s'il était sur d'avoir pris la bonne décision, Suarez eut lui aussi un pincement au c½ur.


« Vous
avez pris la bonne décision, leur dit-il.
-
Non. Je ne crois pas, répondit Julia en se sauvant elle aussi. »


Cette foi
s, Olivier ne put se résoudre à rester planté là et laissa Suarez en plan pour la suivre dans les escaliers. Elle savait qu'il la suivait mais elle ne ralentit pas le pas pour autant. Si il avait couru il aurait pu la rattraper très facilement mais il ne voulait pas se donner en spectacle dans l'hôpital alors il continua de lui emboîter le pas jusque dans la cafétéria. Elle se retourna brusquement vers lui, les larmes aux yeux.


« Tu te souviens de cette chanson qu'on écoutait souvent il y a longtemps ? lui demanda-t-elle. Tu sais, celle de Stevie Wonder.
- '
That's what friends are for ' ?
-
Oui. Et bien je crois qu'on n'a pas fait ce qu'on aurait du faire.
- Tu peux
pas dire ça ! Ca fait trop longtemps qu'elle est dans cet état. Ca fait trop longtemps qu'on attend bêtement un truc qui arrivera jamais ! Au contraire, on a fait ce qu'il fallait. On lui doit bien ça non ?! »


Elle ne di
t rien, essuya quelques larmes d'un revers de la main, et commanda un grand sandwich au thon au bar de la cafétéria. Olivier la regarda avec de grands yeux étonnés.


« Attends, qu'est ce que tu fais ? Tu viens de demander un gros sandwich au thon ! ... Mais tu sais très bien que ça te rend malade ...
- Oui mai
s là tu vois, j'en ai envie. J'aurais mal au c½ur tant pis, y'en a d'autres qui n'en auront plus jamais l'occasion. »


Ce
tte fois, ce fut Olivier qui ne répondit rien. Il savait qu'elle faisait allusion à Marine. Elle vivait, déjà inconsciente, ses dernières heures.



*---*
-*



Christopher avait tout expliqué à Léo, qui s'était muré dans un grand silence. Le soir venu, après s'être assuré qu'Emma dormait dans une position correcte, il vient s'allonger dans le lit de son fils. Le petit garçon se serra contre son père. Rien ne serait plus comme avant.



*---*
-*



Tino piqua un morceau de tomate dans son assiette et regarda Arielle qui faisait si jeune à côté de lui.


« A quoi tu penses ? lui demanda-t-elle.
-
A ton nom ... J'ai regardé dans un vieux dictionnaire l'autre jour, et apostasie, selon le Petit Dictionnaire Hachette de 1996, ça signifie l'abandon public d'une religion, d'une doctrine, d'un parti politique ...
-
Ah ...
-
Oui, fit-il en reposant sa fourchette.
- C
a me va comme un gant tu trouves pas ? J'ai en quelque sorte abandonné la société parce que je n'ai pas un véritable travail, et que je ne suis pas vraiment sociable. En fin de compte c'est la deuxième chose de bien qu'ont fait mes parents à mon sujet.
-
Ah ? La première c'était quoi ?
-
M'envoyer chez un psy ! Sans ça je t'aurais jamais rencontré. »


Ap
rès ça, Tino ne se sentit plus vieux du tout. Il lui sourit et avala enfin le bout de tomate.



*---*
-*



Julia se leva le matin suivant, encore plus tôt que d'habitude, prise d'une violente nausée. Elle sortit du lit en vitesse pour se rendre aux toilettes et Olivier soupira. Aucun n'avait pu trouver le sommeil de la nuit. Il se redressa à sa place et regarda à côté de lui le creux qu'elle avait fait en bas de son oreiller. Elle dormait toujours en bas de l'oreiller. Il se leva à son tour car il savait bien qu'elle pourrait avoir besoin de lui. Il passa dans leur cuisine prendre une bouteille d'eau et il entra dans les toilettes dont la porte était ouverte en grand. Il s'agenouilla à côté d'elle et elle releva la tête vers lui désolée.


« Allez t'en fais pas. Je t'épargne le « j'te l'avais dit ! », dit-il en souriant sous la lumière crue.
- Do
nne moi la bouteille s'il te plait.
- Bi
en sur... Mais quand même... Tu n'aurais jamais du prendre ce truc au thon ! lui dit-il alors qu'elle se rinçait la bouche et recrachait dans la cuvette.
- J
e sais... Cette fois c'est définitif. Je n'y touche plus ! »



*---*
-*



Et pendant que la ville commençait à se réveiller, dans la chambre 853 de l'hôpital Pompidou à Paris, seule, et reliée à la vie par seulement quelques branchements, Marine cillait.



Je suis très touchée par tes commentaires Aurélie =)

# Posté le samedi 15 mars 2008 20:07

Modifié le samedi 15 mars 2008 20:23

[ 23 ] J e u d i . 2 . A o u t . 2 0 1 2 . 7 h 5 . d u . m a t i n .

[ 23 ] J e u d i .  2 . A o u t  . 2 0 1 2 .   7   h   5  . d u  . m a t i n .
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2 Aout 2012.
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Suarez attendait Julia à la porte de chambre, les mains dans les poches. Lorsqu'il la vit s'approcher il parût soulagé et se précipita vers elle. Visiblement il était tout excité à l'idée que sa collègue se soit réveillée alors que Julia restait de marbre, pour s'éviter toute déception.


« Je suis si heureux. C'était vraime
nt inespéré.
- Oui, c'est inattendu, et un pe
u étrange, répondit-elle, en gardant son flegme.
- Ce n'est pas si étrange que ça.

- Elle se réveille exactement le jo
ur où elle devait être débranchée. Je trouve ça plutôt étrange moi.
- Elle l'a peut être
senti...
- Vous y croyez vraiment ? dema
nda Julia en haussant un sourcil.
- Je n'en sais rien. De toute façon, on ne saura jamais. Un infirmièr est dedans, alors entrez, et ne la brusquez pas trop, vous savez que le retour est souvent difficile. D'autant plus que ça fait un moment qu'elle n'avait pas vu la lumière du jour ! »


Comme d'habitude elle hocha la tête, le
remerciant du regard et entra, fébrile, dans la chambre. Les volets n'étaient pas complètement ouverts mais on pouvait voir la lumière du jour passer à travers. Julia devina les formes de son amie sans pour autant la voir. Elle devina également l'infirmier qui était en train d'effectuer des contrôles. Elle regarda brièvement son amie puis s'adressa à mi voix à l'homme tout en s'approchant du lit.


« Tout v
a bien ?
- On dirai
t. Je suis entré dans la chambre comme tous les matins pour changer la sonde qui l'alimente et puis elle a ouvert les yeux. J'étais surpris mais je n'y ai pas prêté plus attention, ça arrive parfois. Puis elle m'a dit bonjour deux fois. Elle a le regard clair et répond aux stimuli douloureux dans les bras, pas dans les jambes, mais Suarez pense que ça reviendra. Je pense qu'elle est complètement revenue. »


I
l arrêta de parler. Il sortit une petite lampe de la poche de sa blouse et lui mis la lumière dans les yeux tout en lui demandant de la suivre du regard. Ensuite il testa ses reflexes et en conclu qu'elle avait bel et bien repris conscience. Mais Julia qui avait observé tout ce cérémonial avec attention, constata que Marine ne disait rien mais qu'elle s'était mise à pleurer.


« Attendez,
elle pleure... le contre coup du choc.
-
Et bien je vais lui administrer un calmant.
- Vous êtes
fou ? C'est inutile! Elle est restée dans le coma pendant dix longs mois sans jamais rien sentir, alors je crois qu'elle peut supporter.
- Comme vous
vous voudrez, dit-il en haussant les épaules et en sortant de la chambre. »


«
Julia. C'est bien toi ? Julia ?
- Oui, oui
c'est moi, répondit-elle en s'agenouillant près du lit. Elle savait que son réveil tenait du miracle et tentait de garder une contenance sans être sûre de pouvoir y parvenir.
- Qu'est ce qui m'est arrivé
Julia ? J'veux dire, pour que je reste dans le coma si longtemps. Je sens plus vraiment mes jambes et j'ai très mal au ventre.
- C'est no
rmal. T'es engourdie parce que tu as dormi pendant longtemps. Tu vas récupérer ton corps très vite, dit-elle en craignant que son visage ne trahisse ce dernier mensonge. Tu te souviens de ce qui s'est passé ?
- La dernière chose dont je
me souvienne c'est d'avoir téléphoné à Christopher, sur la route. Juste avant j'avais quitté Tino sur un parking. Mais à part ça c'est le trou noir. J'ai sans doute perdu le contrôle de la voiture.
- En f
ait un camion t'a heurté, et tu t'es retrouvée dans le coma.
- Oh bon sang... J'esp
ère que le chauffeur n'a rien eu, demanda-t-elle, inquiète.
- Ne t'inquiète pas p
our lui, il s'en est sorti avec seulement quelques fractures.
- Tant mieux. Mince
alors j'ai dû rater de sacrés trucs... Quel jour sommes nous ?
- Jeudi. 2 Aout 2012
. 7 h 5 du matin.
- Oh. Oh et comment von
t les autres ? Et Léo ? Et... Oh, j'espère qu'on a changé de Président ! s'exclama-t-elle visiblement désorientée.
- Oui, o
n a changé ! répondit Julia en riant. Ce n'est plus le même... En ce qui concerne les autres, ils vont plutôt bien. Ils vont quand même avoir une drôle de surprise quand ils vont apprendre ton réveil.
- Il
s n'ont pas été prévenus ?
- Si. J'
ai demandé à Suarez de les joindre. Je suis venue très tôt ce matin, je n'ai pas eu le temps de leur dire.
-
Julia, dis moi pourquoi j'ai si mal au ventre... J'ai l'impression d'avoir été coupée, ouverte... un peu comme si m'avait retiré un appendice.
- Très bien. Tu veux que je sois franche avec toi ? demanda-t-elle pour ne pas la brusquer.
- Bien sur. Comme toujours ! ré
pondit-elle un peu inquiète des révélations qui allaient lui être faites.
- On t'a
fait une césarienne, il y a moins d'un mois. C'est normal que ça tire.
- J'étais e
nceinte ?! dit-elle à haute voix d'un ton qui trahissait sa surprise et son inquiétude. Je... enfin, c'est ...– Elle paniquait en se rendant compte que toutes les pièces du puzzle de sa mémoire se remettaient en place.
- Une fille.
Emma. – Julia s'arrêta car Marine recommençait à pleurer.
-
Christopher doit être content. - Elle marqua une pause et repris – Ecoute, j'ai un doute...
- Nous aussi, dit
Julia en la coupant.
- Tu sais de
quoi je parle ?
-
Oui, Tino m'en a parlé. Et on s'est mis à douter de la paternité de Christopher. C'est bien de ça dont tu parles ? – Marine hocha la tête – Je vais demander à Tino de venir pour faire des tests. Ne t'inquiète pas, je ne dirais rien à ton mari. »



C'est à ce moment qu'ils entrèrent dan
s la pièce. Olivier, Christopher et Léo. Julia, dont les yeux s'étaient habitués à la pénombre, remarqua qu'ils ne purent s'empêcher de sourire en constatant qu'elle était bel et bien réveillée et consciente. Léo regarda sa mère, puis son père en cherchant l'approbation dans son regard. Christopher hocha la tête et le petit garçon lui lâcha la main pour aller vers le lit. Il s'approcha doucement et parla à voix basse, ayant peur de faire trop de bruit.


« Salut !
- Salut
Léo... Je suis contente de te voir.
- Ben moi aussi. Tu s
ais, tu m'as manqué mais comme je trouve qu'Emma te ressemble, j'avais l'impression que je te voyais quand même tous les jours !
- Toi au
ssi tu m'as manqué mon c½ur. Je vais bientôt rentrer à la maison, et on s'occupera d'Emma tous les deux.
- Hé
tu dois avoir faim depuis tout le temps que t'as pas mangé ...
-
Pas tellement. Mais j'ai soif, vraiment soif. »


Christopher allait sortir dans le couloir pour lui chercher un verre d'eau au distributeur mais Julia l'interrompit.


« Ne te déran
ge pas, je vais y aller. Et j'emmène Léo. C'et pas un endroit pour un enfant.
- Je
crois que dans ces circonstances on peut déroger à la règle, intervint Olivier.
-
De toute façon, on dépasse la limite réglementaire de visiteurs, insista la jeune femme en emmenant son neveu hors de la chambre. »


Ils sortirent de la chambre, et
Julia envoya Léo chercher un verre d'eau au distributeur en face. Elle en profita pour sortir son portable et composer le numéro de son cousin. « Allô ? C'est moi... Oui, oui. Ecoute, Marine vient de se réveiller... Je sais, c'est inattendu... S'il te plait, viens à l'hôpital le plus vite possible j'ai un service à te demander... Non, non. Je t'en dirais plus sur place... Oui, à tout à l'heure. » Elle soupira vivement et sourit à Léo qui revenait.




*---*
-*



« Enfin seuls ! s'exclama Christopher lorsque tout le monde eut quitté la pièce. Tu veux que j'ouvre plus les volets ? On n'y voit rien ici...
-
Non. J'ai l'impression que mes yeux sont agressés par la lumière. Ils étaient quand même fermés depuis longtemps !
- Bon
, comme tu voudras. C'est tellement bizarre ce qui vient de se produire. Raconte-moi ce qu'il s'est passé quand tu as repris connaissance ce matin, demanda-t-il en approchant un fauteuil du lit. »


Son révei
l récent, l'annonce de la naissance et le doute sur la paternité ne l'engageaient pas à répondre. Elle se concentra tout de même pour réussir à donner le change.


«
Et bien je me suis sentie un peu perdue. J'étais vraiment confuse, je ne me rappelais ni du jour ni de l'heure, alors j'étais vraiment perdue tu vois ... Et puis l'impression s'est dissipée et mon cerveau s'est mis à marcher à plein régime tout d'un coup, mais un peu comme une vieille 2CV à l'accélérateur un peu capricieux... donc avec des ratés ! dit-elle en souriant. La dernière chose dont je me souvienne c'est d'avoir été en voiture, de t'avoir téléphoné, et d'avoir été percutée par un camion. J'ai eu peur et puis ça a été l'obscurité complète. J'me souviens même d'avoir eu peur de cette obscurité et d'avoir souhaité m'endormir vite fait pour l'éviter... On dirait que mon v½u a été exaucé ! – Elle ferma les yeux puis les rouvrit – J'suis engourdie et j'ai mal au ventre à cause de la césarienne, mais j'ai l'impression de m'être endormie hier soir et de me réveiller ce matin.
- C'est ça
qui t'as fait tenir le coup ! Le fait que tu soies enceinte, ça nous a laissé du temps pour que tu te réveilles.
- J'ima
gine qu'on a du vous demander une procédure de « débranchement », dit-elle calmement.
-
En fait, tu aurais dû être débranchée cet après midi. »

# Posté le mardi 01 juillet 2008 08:41

Modifié le mardi 01 juillet 2008 09:09

[ 24 ] N e . n o u s . i n q u i é t o n s . p l u s . p o u r . l e . m o m e n t

[ 24 ] N e . n o u s . i n q u i é t o n s . p l u s . p o u r . l e . m o m e n t
.
.

« Tu es nerveux ? demanda Julia.
- Pas plus
que quand tu m'as annoncé que j'étais un père éventuel pour Emma, répondit Tino avec une voix emprunte d'ironie.
- Le s
arcasme et l'ironie ont toujours été tes formes d'humour préférées hein ? répliqua la jeune femme en lançant un regard en coin à son cousin.
- Disons que j'aimerais connaître le résultat au lieu de me prendre la tête avec les conséquences que ça pourrait avoir...
- J'ai
demandé les résultats au labo au plus vite, ils font de leur mieux. »


Ils
étaient là, tous les deux, assis sur un des fauteuils bleus du couloir blanc. Ils patientaient en ne sachant pas quoi faire ou se dire en attendant les résultats qui allaient déterminer beaucoup de choses.


« T'en as parlé à
Christopher ?
- T'es f
ou ? Non, pas avant d'être surs. Et de toute façon ce n'est pas à moi de faire ça. Marine, toi et moi sommes les seuls à être au courant.
- Tant
mieux. Si ça se trouve je n'y suis pour rien.
- Et
toi, tu en as parlé ?
- A qui ?
- A
Arielle. Je crois qu'il faudrait qu'elle sache, si jamais le résultat s'avérait positif.
- Non
elle ne sait pas, pour l'instant. Elle dormait encore quand je suis parti. Je n'ai pas envie de revenir avec une mauvaise nouvelle pour elle. »


Ils
restèrent silencieux quelques instants jusqu'à ce qu'une infirmière passe dans le couloir cherchant Julia du regard. Elle fronça les yeux en l'apercevant enfin. Elle avança vers eux et Julia se leva, prête à connaître le résultat.


« Le l
abo m'a demandé de te remettre ça, dit-elle en lui tendant l'enveloppe.
- Me
rci Diane. Ils ont fait vite.
-
Je dois me dépêcher alors je file. Au fait, pour le réveil de Marine, c'est vraiment super !
- Tout le mon
de est courant, murmura Tino entre ses dents.»


Julia la remercia et ils entrèrent dans la chambre de Marine pour découvrir les résultats avec elle. Elle se tenait assise dans son lit, et mangeait sans grand enthousiasme une assiette de pâtes.


« La nou
rriture ici est toujours infecte ! S'exclama-t-elle en les voyant arriver.
- Estime-toi heur
euse de ne pas avoir eu de bouillon ! J'ai dû me forcer à en avaler deux bols par jour quand j'ai eu l'appendicite au Mexique ! répondit Tino.
- Moi qui pe
nsais que la pauvre qualité de la nourriture des hôpitaux était une exception française... se lamenta la jeune femme.
- Pard
on de jouer la rabat joie, mais nous avons une enveloppe à ouvrir, interrompit Julia.
- Ca a
été vite finalement. Tu peux me la donner ? demanda Marine. »


E
lle s'exécuta et attendit qu'elle ouvre l'enveloppe ; ce qu'elle fit légèrement tremblante. Lorsque Marine sorti la feuille de résultat, Tino crut lire l'anxiété sur son visage. Si jamais les gènes d'Emma collaient avec les siens, leurs vies en seraient changées. Il faudrait prendre une décision et se confronter à Christopher.
Marine parcourait des yeux la feuille en fronçant les sourcils, comme elle le faisait toujours lorsqu'elle réfléchissait, puis au fur et à mesure de sa lecture, son visage paraissait s'illuminer. Le stress du réveil et des résultats évanouit en un instant, elle soupira de soulagement.


« Il n'y a
aucun gène en commun, clara-t-elle en posant la feuille sur ses genoux.
- Tu en es sû
re ?
-
Absolument. Certes, je suis restée endormie pendant longtemps mais je sais encore lire une feuille d'analyse. »


Elle continuait à sourire et Tino le lui rendit. Il s'approcha d'elle et l'embrassa sur le front.


« Y'a des années
j'aurais adoré avoir un enfant avec toi. Aujourd'hui je suis content qu'un autre te rende heureuse...
- File
, on en reparlera plus tard. Mais promets que tu ne t'en iras plus sans dire au revoir.
- Promis !
jura-t-il la main sur le c½ur »


Il sorti de l
a chambre et ne put s'empêcher de sourire. Il était revenu et avait retrouvé sa cousine et ses amis. Il ne voulait plus repartir. Il avait dit au revoir à Marine et il n'était pas le père d'Emma. La boucle était bouclée, une sorte de nouvelle vie s'offrait à lui. En sortant de l'hôpital il se rendit compte que désormais, pour lui tout était clair. Il prit le métro en direction de l'appartement d'Arielle, qui dormait probablement encore.






*---*
-*






« Je parie que tu te sens coupable.
-
A quel sujet ? demanda Julia.
-
Christopher m'a dit que j'aurais dû être débranchée aujourd'hui, répondit calmement Marine.
- Oui,
c'est vrai.
- Alor
s ne t'en veux pas. Tu n'es pas plus responsable qu'Olivier ou que Christopher... ou que moi ! Après tout j'avais signé une décharge à ce sujet. « Pas d'acharnement thérapeutique en cas d'incident de force majeure... ». Tu te souviens, on a dû donner notre avis le jour où on a été embauchées.
- J'au
rais simplement voulu que la question ne se pose pas. Au début de ton coma, le chef n'avait aucun espoir et projetait de le faire. Mais on a découvert ta grossesse et ça nous a laissé du répit et du temps pour y réfléchir. On croyait que l'accouchement provoquerait une réaction, mais tu n'as donné aucun signe de conscience concrète... Alors Suarez nous a convoqués dans son bureau il y a quelques jours et Christopher a signé le papier autorisant à ce qu'on t'enlève toutes ces machines. Crois moi il ne l'a pas fait de bon c½ur. Nous avons du le pousser à le faire...
- Et je sais que vous vous en voulez tous, mais pour l'instant j'ai autre chose à te dire. Je ne veux pas garder ça pour moi et je compte sur toi pour garder ton flegme, dit-elle d'un ton presque éteint.
- Tout ce
que tu veux mais je pense que tu devrais te reposer. Tu vas bientôt entrer en rééducation, il faut que tu soies en parfaite forme.
- Non. Assieds-toi et écoute moi. Allez assieds toi... - Julia s'exécuta en rapprochant le fauteuil du lit – Justement il risque de ne pas y avoir de rééducation. Tu te souviens que quand vous êtes partis faire les analyses j'ai été emmenée faire une batterie d'examens.
- O
ui, acquiesça-t-elle d'un hochement de tête.
- Et bien, une
fois les examens terminés les spécialistes sont arrivés et voyant qu'ils hésitaient à me dire la vérité, j'ai en quelque sorte exigé de savoir.
- Poursui
s.
- S'
ils avaient une drôle d'expression c'est parce qu'ils pensent que je ne pourrai surement jamais retrouver un usage complet de mes jambes.
-
Ca veut dire que tu devras être assistée ? demanda-t-elle complètement décontenancée.
- Ca veut
dire que je devrais devenir la meilleure amie d'un fauteuil roulant, avoua-t-elle calmement.
- Comment tu vas faire ?
- J'e
stime avoir eu de la chance jusque là. J'ai réchappé d'un grave accident. Je suis restée dans le coma pendant environ dix mois et je me suis enfin réveillée... Et puis, j'ai eu une fille. C'est incroyable ! – Voyant qu'un silence désormais pesant s'était installé, elle entreprit de secouer son amie. – Je peux m'accommoder d'une chaise roulante. Je n'ai aucune lésion, aucun problème psychique... Je me sens même plus détendue. C'est probablement le prix à payer pour avoir survécu. Donc je t'interdis formellement de te faire du souci pour moi. D'autres le feront à ta place.
- Mais il n'y a pas une chance, même infime, que tu puisses te resservir de tes jambes un jour?
- J
e n'ai pas envie de savoir s'il y a une chance ou non. Je ne veux pas être déçue. Je préfère me résigner plutôt que d'espérer un miracle, tu comprends ?
- Tu ve
ux que j'te dise ? C'est toi qui a raison ! s'exclama Julia. Ca ne sert à rien de s'apitoyer sur son sort, comme tu dis. Tu vas voir, on va te trouver un fauteuil super fashion ! On le customisera et tu seras la plus belle ! enchaina-t-elle avec une voix d'adolescente, délivrant leur enthousiasme et les poussant à rire comme avant.
- Arr
ête ! Arrête de me faire rire, les fils de la suture de mon ventre vont sauter ! poursuivit Marine en riant aux éclats.»





*---*
-*





Elle tourna la clé dans la serrure et entra dans l'appartement. Toutes les lumières étaient éteintes et on n'entendait rien à part le faible son de la télévision au salon. Julia déposa son sac dans l'entrée, retira ses chaussures et accrocha sa veste au porte manteau. Elle marcha vers le salon où elle trouva Olivier endormi, torse nu, devant le poste. Elle sourit en s'avançant à pas feutrés vers le canapé et s'agenouilla devant lui. Elle effleura le visage endormi de sa main. Il cilla puis ouvrit complètement les paupières.


«
Salut. J'crois que j'me suis endormi...
- Oui, on
dirait, répondit-elle amusée.
-
Quelle heure est-il ?
-
A peine 2o heures.
- C'est
vrai ? fit-il en se redressant. Je suis désolé, j'étais fatigué. Cette journée a été forte en émotions.
- Oui, ell
e l'a été pour nous tous. Mais maintenant tout ou presque va bien. Nous n'avons plus à nous inquiéter.
- Mi
s à part cette histoire de fauteuil roulant...
- Ta s
½ur s'est faite à l'idée et semble sereine.
- Tu as r
aison. Ne nous inquiétons plus, lui souffla-t-il à l'oreille en l'embrassant dans le cou.
- Dis donc, je
pensais que tu étais fatigué ! s'amusa encore Julia en se laissant faire.
- Plus m
aintenant répondit-il dans un sourire. »


L
a bouche d'Olivier chercha celle de sa compagne. Un geste de tendresse qui réveilla en eux des gestes oubliés. Un frémissement plus tard, ils se retrouvaient allongés l'un sur l'autre sur le canapé.


« Je
te veux, lui murmura-t-il tout en défaisant un par un les boutons du chemisier.
-
Je suis à toi, lui répondit-elle dans un souffle »


Il mit à nu s
es épaules tout en continuant de l'embrasser, doucement, tendrement, soucieux de prolonger ce moment charnel. Emportée par la force d'un désir qui ne cessait de la tourmenter depuis plusieurs jours elle retira la ceinture qui entourait la taille de son amant, avide de sa peau nue contre la sienne.
I
l avait envie d'elle depuis plusieurs jours mais la fatigue et les doutes qui les avaient assaillis avaient été plus forts. Son désir se faisait de plus en plus visible et Juliapondait à son empressement. La fermeture éclair de sa jupe glissa et elle s'excita du froissement du tissu descendant sur ses cuisses. Elle s'accrocha au dossier du canapé et de nouveau, Olivier plaqua ses lèvres sur la peau et les fit glisser tout le long du corps tendu sous lui. Il caressa de sa langue la poitrine offerte jusqu'au ventre et s'arrêta à l'orée du pubis, l'humidifiant un peu pour faire monter le désir d'un cran. Elle lâcha le dossier pour placer ses mains autour de la nuque de son amant, l'embrassant avec toute la passion que lui inspirait leur amour.
Ils souffra
ient du manque physique de l'autre jusqu'au momentil entra en elle, arrachant à Julia un cri de soulagement et de plaisir. Ils s'abandonnèrent à la chair de l'autre, confiants dans le mouvement de va-et-vient qui enflammait leur bas-ventre. Il jouit un peu plus vite qu'elle mais voyant qu'elle n'avait pas fini, il accéléra la cadence et lui offrit son plaisir dans un long gémissement, à la fois suave et sauvage. Leurs mains se serrèrent et ils restèrent l'un dans l'autre, heureux et épuisés de s'être aimés.

# Posté le jeudi 28 août 2008 16:57

Modifié le vendredi 29 août 2008 06:45